M. ORGON.

Eh! bonjour, ma fille. La nouvelle que je viens t'annoncer te fera-t-elle plaisir? Ton prétendu arrive aujourd'hui; son père me l'apprend par cette lettre-ci. Tu ne me réponds rien; tu me parois triste. Lisette de son côté baisse les yeux. Qu'est-ce que cela signifie? Parle donc, toi; de quoi s'agit-il?

LISETTE.

Monsieur, un visage qui fait trembler, un autre qui fait mourir de froid, une âme gelée qui se tient à l'écart; et puis le portrait d'une femme qui a le visage abattu, un teint plombé, des yeux bouffis et qui viennent de pleurer; voilà, Monsieur, tout ce que nous considérons avec tant de recueillement.

M. ORGON.

Que veut dire ce galimatias? Une âme, un portrait! Explique-toi donc: je n'y entends rien.

SILVIA.

C'est que j'entretenois Lisette du malheur d'une femme maltraitée par son mari; je lui citois celle de Tersandre, que je trouvai l'autre jour fort abattue, parce que son mari venoit de la quereller; et je faisois là- dessus mes réflexions.

LISETTE.

Oui, nous parlions d'une physionomie qui va et qui vient; nous disions qu'un mari porte un masque avec le monde, et une grimace[31] avec sa femme.