Queen Victoria to the Emperor of Russia.

THE QUEEN TO THE CZAR

Windsor Castle, ce 14 Novembre 1853.

Sire et très cher Frère,—C'est avec une profonde et sincère satisfaction que je viens de recevoir la lettre que V.M.I. a bien voulu m'écrire le 18/30 Octobre. Je suis vivement touchée des sentiments affectueux que vous m'y témoignez. V.M. me connaît assez pour savoir combien ils sont réciproques.

Je vous remercierai également, Sire, de la franchise avec laquelle vous me parlez des complications actuelles; je ne saurais mieux répondre aux loyales intentions de V.M. qu'en lui exprimant à mon tour, et avec toute droiture, mes opinions à ce sujet, car c'est là, j'en suis sûre, le meilleur moyen de conserver utilement une amitié bien véritable.

J'ai, mon cher Frère, conformément à votre désir, relu les communications confidentielles que vous avez bien voulu me faire, ce printemps, par l'intermédiaire du bon Sir Hamilton Seymour, et les réponses que mon Gouvernement a reçu l'ordre d'adresser à V.M.

Bien qu'une différence d'opinion très notable devînt alors évidente entre V.M. et moi relativement à la manière d'envisager l'état de la Turquie et l'appréciation de sa vitalité, le Mémorandum de V.M. en date du 3/15 Avril vint néanmoins dissiper de la manière la plus heureuse ces fâcheuses appréhensions; car il m'annonçait que, si nous n'étions pas d'accord sur l'état de santé de l'Empire Ottoman, nous l'étions cependant sur la nécessité, pour le laisser vivre, de ne point lui faire des demandes humiliantes, pourvu que tout le monde en agît de même, et que personne n'abusât de sa faiblesse pour obtenir des avantages exclusifs. V.M. dans ce but, daigna même se déclarer prête "à travailler de concert avec l'Angleterre à l'œuvre commune de prolonger l'existence de l'Empire Turque, en évitant toute cause d'alarme au sujet de sa dissolution."

J'avais de plus la conviction qu'il n'existait et ne pouvait exister au fond aucune divergence d'opinion entre nous au sujet des réclamations relatives aux Lieux-Saints, réclamations qui, j'avais droit de le croire, constituaient le seul grief de la Russie contre la Porte.

Je mets, Sire, la confiance la plus entière dans la parole que V.M. a bien voulu me donner alors, et, que les assurances subséquentes, dues à votre amitié, sont venues confirmer, en me donnant la connaissance de Vos intentions. Personne n'apprécie plus que moi la haute loyauté de V.M., et je voudrais que les convictions que j'ai à cet égard pussent seules résoudre toutes les difficultés. Mais quelle que soit la pureté des motifs qui dirigent les actions du Souverain même le plus élevé par le caractère, V.M. sait que ses qualités personnelles ne sont point suffisantes dans des transactions internationales par lesquelles un État se lie envers un autre en de solennels engagements; et les véritables intentions de V.M. ont été à coup sûr méconnues et mal interprétées, à cause de la forme donnée au réclamations adressées à la Porte.