Ayant à cœur, Sire, d'examiner ce qui avait pu produire ce fâcheux malentendu, mon attention a été naturellement attirée par l'article 7 du Traité de Kainardji; et je dois dire à V.M. qu'après avoir consulté, sur le sens qui pouvait avoir été attaché à cet article, les personnes les plus compétentes de ce pays-ci; après l'avoir relu ensuite moi-même, avec le plus sincère désir d'impartialité, je suis arrivée à la conviction que cet article n'était point susceptible de l'extension qu'on y a voulu donner. Tous les amis de V.M. ont, comme moi, la certitude que vous n'auriez point abusé du pouvoir, que vous eût ainsi été accordé; mais une demande de ce genre, pouvait à peine être acceptée par un Souverain qui tient à son indépendance.

Je ne cacherai pas davantage à V.M. l'impression douloureuse qu'a produit sur moi l'occupation des Principautés. Cette occupation a causé, depuis les quatres derniers mois, une perturbation générale en Europe, et pourrait amener des événements ultérieurs que je déplorerais d'un commun accord avec V.M. Mais, comme les intentions de V.M. envers la Porte sont, je le sais, amicales et désintéressées, j'ai toute confiance que vous trouverez le moyen de les exprimer et mettre à exécution de manière à détourner de plus graves dangers, que tous mes efforts, je vous assure, tendront sans cesse à empêcher. L'attention impartiale avec laquelle j'ai suivi les causes qui ont fait échouer jusqu'à présent toutes les tentatives de conciliation, me donne la ferme conviction qu'il n'existe pas d'obstacle réel qui ne puisse être écarté ou promptement surmonté avec l'assistance de V.M.

Je n'abandonne point l'espoir de cet heureux résultat, même après les tristes conflits qui ont fait couler le sang dans les Principautés; car j'ai la foi en Dieu que lorsque de toute part les intentions sont droites et lorsque les intérêts bien entendus sont communs, le Tout-Puissant ne permettra pas que l'Europe entière qui contient déjà tant d'éléments inflammables, soit exposée à une conflagration générale.

Que Dieu veille sur les jours de V.M.; et croyez, Sire, à l'attachement sincère avec lequel je suis, Sire et cher Frère, de votre Majesté Impériale, la bien bonne Sœur et Amie,

Victoria R.

Albert est très sensible au souvenir de V.M. et me prie de le mettre à vos pieds.

The Earl of Aberdeen to Queen Victoria.

LORD ABERDEEN'S SCRUPLES

London, 26th November 1853.