Madame et bonne Sœur,—A Paris depuis trois jours, je suis encore auprès de votre Majesté par la pensée, et mon premier besoin est de Lui redire combien est profonde l'impression que m'a laissée son accueil si plein de grâce et d'affectueuse bonté. La politique nous a rapprochés d'abord, mais aujourd'hui qu'il m'a été permis de connaître personnellement votre Majesté c'est une vive et respectueuse sympathie qui forme désormais le véritable lien qui m'attache à elle. Il est impossible en effet de vivre quelques jours dans votre intimité sans subir le charme qui s'attache à l'image de la grandeur et du bonheur de la famille la plus unie. Votre Majesté m'a aussi bien touché par ses prévenances délicates envers l'Impératrice; car rien ne fait plus de plaisir que de voir la personne qu'on aime devenir l'objet d'aussi flatteuses attentions.
Je prie votre Majesté d'exprimer au Prince Albert les sentiments sincères que m'inspirent sa franche amitié, son esprit élevé et la droiture de son jugement.
J'ai rencontré à mon retour à Paris bien des difficultés diplomatiques et bien d'autres intervenants au sujet de mon voyage en Crimée. Je dirai en confidence à votre Majesté que ma résolution de voyage s'en trouve presque ébranlée. En France tous ceux qui possèdent sont bien peu courageux!
Votre Majesté voudra bien me rappeler au souvenir de sa charmante famille et me permettre de Lui renouveler l'assurance de ma respectueuse amitié et de mon tendre attachement. De votre Majesté, le bon Frère,
Napoléon.
Queen Victoria to the Emperor of the French.
THE QUEEN'S REPLY
Buckingham Palace, le 27 Avril 1855.
Sire et mon cher Frère,—Votre Majesté vient de m'écrire une bien bonne et affectueuse lettre que j'ai reçue hier et qui m'a vivement touchée. Vous dites, Sire, que vos pensées sont encore auprès de nous; je puis Vous assurer que c'est bien réciproque de notre part et que nous ne cessons de repasser en revue et de parler de ces beaux jours que nous avons eu le bonheur de passer avec Vous et l'Impératrice et qui se sont malheureusement écoulés si vite. Nous sommes profondément touchés de la manière dont votre Majesté parle de nous et de notre famille, et je me plais à voir dans les sentiments que vous nous témoignez un gage précieux de plus pour la continuation de ces relations si heureusement et si fermement établies entre nos deux pays.
Permettez que j'ajoute encore, Sire, combien de prix j'attache à l'entière franchise avec laquelle Vous ne manquez d'agir envers nous en toute occasion et à laquelle Vous nous trouverez toujours prêts à répondre, bien convaincus que c'est le moyen le plus sûr pour éloigner tout sujet de complication et de mésentendu entre nos deux Gouvernements vis-à-vis des graves difficultés que nous avons à surmonter ensemble.