Les relations de voyages publièes par nos Français remontent fort haut.

Des les commencemens du V'e siècle, Rutilius Claudius Numatianus en avoit donné une, qui ne nous est parvenue qu'incomplète, parce que apparemment la mort ne lui permit pas de l'achever. L'objet étoit son retour de Rome dans la Gaule, sa patrie. Mais, comme il n'avoit voyagé que par mer, il ne put voir et décrire que des ports et des cotes; et de là nécessairement a resulté pour son ouvrage, une monotonie, qu'un homme de génie auroit pu vaincre sans doute, mais qu'il étoit au dessus de ses forces de surmonter. D'ailleurs, il a voulu donner un poème: ce qui l'oblige à prendre le ton poétique, et à faire des descriptions poétiques, ou soi-disant telles. Enfin ce poème est en vers élégiaques. Or qui ne sait que cette sorte de versification, dont le propre est de couper la pensée de deux en deux vers et d'assujettir ces vers au retour continuel d'une chute uniforme, est peut être celle de toutes qui convieent le moins en genre descriptif? Quand l'imagination a beaucoup à peindre; quand sans cesse elle a besoin de tableaux brillans et variés, il lui faut, pour développer avantageusement toutes ses richesses, une grande liberté; et elle ne peut par conséquent s'accommoder d'une double entrave, dont l'effet infaillible seroit d'éteindre son feu.

Payen de religion, Rutilius a montré son aversion pour la religion chrétienne dans des vers où, confondant ensemble les chrétiens et les Juifs, il dit du mal des deux sectes.

C'est par une suite des mêmes sentimens qu'ayant vu, sur sa route, des moines dans lile Capraia, il fit contre le monachisme ces autres vers, que je citerai pour donner une idée de sa manière.

Processu pelagi jam se Capraria tollit;
Squalet lucifugis insula plena viris.
Ipsi se monachos, Graio cognomine, dicunt,
Quòd, soli, nullo vivere teste, volunt.
Munera fortunæ metuunt, dum damna verentur:
Quisquam sponte miser, ne miser esse queat.
Quænam perversi rabies tam crebra cerebri,
Dum mala formides, nec bona posse pati?

[Footnote: "He afterwards," says Gibbon, "mentions a religious madman on the isle of Gorgona. For such profane remarks, Rutilius and his accomplices, are styled, by his commentator, Barthius, rabiosi canes diaboli.">[

Son ouvrage contient des détails précieux pour le géographe; il y en a même quelques uns pour l'antiquaire et l'historien: tels par exemple, que sa description d'un marais salant, et l'anecdote des livres Sibyllins brûlés à Rome par l'ordre de Stilicon.

[Footnote: The verses relating to Stilicho are very spirited and elegant. I will transcribe them.

Quo magis est facinus diri Stilichonis acerbum,
Proditor arcani qui fuit imperii,
Romano generi dum nititur esse superstes,
Crudelis summis miscuit ima furor.
Dumque timet, quicquid se fecerat ipse timeri,
Immisit Latiæ barbara tela neci.
Visceribus nudis armatum condidit hostem,
Illatæ cladis liberiore dolo.
Ipsa satellitibus pellitis Roma patebat,
Et captiva prius, quam caperetur, erat.
Nec tantum Geticis grassatus proditor armis:
Ante Sibyllinæ fata cremavit opis.
Odimus Althæam consumti funere torris:
Niseum crinem flere putantur aves:
At Stilicho æterni fatalia pignora regni;
Et plenas voluit præcipitare colus.
Omnia Tartarei cessent tormenta Neronis,
Consumat Stygias tristior umbra faces.
Hic immortalem, mortalem perculit ille:
Hic mundi matrem perculit, ille suam.

Claudian draws a very different portrait of Stilicho. Indeed, as Gibbon observes, "Stilicho, directly or indirectly, is the perpetual theme of Claudian.">[