Enfin on y remarque quelques beaux vers, et particulièrement celui-ci sur une ville ruinée.
Cernimus exemplis oppida posse mori.
Mais il pèche par la composition, Ses tableaux sont secs et froids; sa manière petite et mesquine. Du reste, point de génie, point d'imagination, et par conséquent, point d'invention ni de coloris. Voilà ce qu'il présente, ou au moins ce que j'ai cru y voir; et ce sont probablement ces défauts qui ont fait donner à son poeme le nom dégradant d'Itinéraire, sous lequel il est connu.
Nous en avons une traduction Française par le Franc de Pompignan.
[Footnote: Mélanges de littér. de poés. et d'hist. par l'Acad. de
Montauban. p.81.]
Vers 505, Arculfe, évôque Gaulois, étoit allé en pélerinage à Jérusalem. A son retour, il voulut en publier la relation; et il chargea de cette rédaction un abbé écossais, nommé Adaman, auquel il donna des notes tant manuscrites que de vive voix. La relation composée par Adaman, intitulée: De locis sanctis, est divisée en trois livres: a été imprimée par Gretser, puis, plus complète encore, par Mabillon. [Footnote: Acta ord. S. Bened. sec. 3.1.2 p. 502.]
Arculfe, aprés avoir visité la Terre Sainte, sétoit embarqué pour Alexandrie. D'Alexandrie, il avoit passé à l'île de Cypre, et de Cypre à Constantinople, d'où il étoit revenu en France. Un pareil voyage promet assurément beaucoup; et certes l'homme qui avoit à décrire la Palestine, l'Egypte et la capitale de l'Empire d'Orient pouvoit donner une relation intéressante. Mais pour l'exécution d'un projet aussi vaste il falloit une philosophie et des connoissance que son siècle étoit bien loin d'avoir. C'est un pélerinage, et non un voyage, que publie le prélat. Il ne nous fait connoitre ni les lois, ni les moeurs, ni les usages des peuples, ni ce qui concerne les lieux et la contrée qu'il parcourt, mais les reliques et les objets de dévotion qu'on y révéroit.
Ainsi dans son premier livre, qui traite de Jérusalem, il vous parlera de la colonne où Jésus fut flagellé, de la lance qui lui perça le coté, de son suaire, d'une pierre sur laquelle il pria et qui porte l'empreinte de ses genoux, d'une autre pierre sur laquelle il étoit quand il monta au ciel, et qui porte l'empreinte de ses pieds, d'un linge tissu par la Vierge et qui le représente: du figuier où se pendit Judas; enfin de la pierre sur laquelle expira saint Etienne, etc etc.
Dans son second livre, où il parcourt les divers lieux de la Palestine que visitoient les pélerins, il suit les mêmes erremens. A Jéricho, il cite la maison de la courtisane Raab; dans la vallée de Mambré, les tombeaux d'Adam, d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, de Sara, de Rébecca, de Lia; à Nazareth, l'endroit où l'ange vint annoncer à Marie qu'elle seroit mère en restant vierge; à Bethléem, la pierre sur laquelle Jésus fut lavé à sa naissance; les tombeaux de Rachel, de David, de saint Jérôme, de trois des bergers qui vinrent à l'adoration, etc.
Le troisième livre enfin est consacré en grand partie à Constantinople; mais il n'y parle que de la vraie croix, de saint George, d'une image de la Vierge, qui, jettée par un Juif dans les plus dégoûtantes ordures, avoit été ramassée par un chretien et distilloit une huile miraculeuse.
Pendant bien des siècles, les relations d'outre mer ne continrent que les pieuses et grossières fables qu'imaginoient journellement les Orientaux pour accréditer certains lieux qu'ils tentoient. d'ériger en pélerinages, et pour soutirer ainsi à leur profit l'argent des pélerins. Ceux-ci adoptoient aveuglément tous les contes qu'on leur débitoit; et ils accomplissoient scrupuleusement toutes les stations qui leur étoient indiquées. A leur retour en Europe, c'étoitlà tout ce qu'ils avoient à raconter; mais cétoitlà aussi tout ce qu'on leur demandoit.