D. Le Consul a-t-il interrogé lui-même Ikabo?
R. Je pense qu’il l’interrogea avec l’aide de son interprète et d’un autre encore. Moi aussi je suis intervenu. Nous étions assis autour de la même table, et moi-même j’ai posé des questions en m’adressant à un noir, qui les répétait à Ikabo. Moi, je parlais le dialecte local de Bonginda et le noir répétait mes demandes en langue Ngombe.
D. Quelles sont les questions que vous avez posées à Ikabo?
R. Je ne m’en rappelle pas exactement; mais elles se référaient à la mutilation qu’on lui a faite subir.
D. Qui a dit qu’à Bossunguma il y avait un autre garçon avec la main coupée?
R. Les indigènes qui accompagnaient Ikabo. Après, le lendemain, nous sommes allés, avec M. le Consul, à Bossunguma, avons vu Epondo, et tout le village nous dit que Kelengo l’avait mutilé. On dit aussi qu’il avait tué un homme et lui avait coupé les deux mains. Le Consul dressa procès-verbal à Bossunguma, où nous sommes restés deux ou trois heures. Nous arrivâmes vers 7 heures du matin.
D. Les indigènes se sont-ils plaints que le travail du caoutchouc était excessif et qu’ils voulaient un autre travail moins dur?
R. Ils se plaignaient toujours du travail du caoutchouc, et dans cette occasion, ils répétèrent leurs plaintes. Nous les exhortâmes à continuer à travailler pour leurs maîtres.
D. Comment alors expliquez-vous que les gens mêmes de votre Mission ont crié deux fois, la première fois à la pirogue et la seconde au bateau où se trouvait M. Spelier, agent de La Lulonga, que le caoutchouc était fini et que les Sociétés devaient partir?
R. La première fois j’étais dans ma maison et j’ai entendu des cris sans comprendre ce qu’ils disaient. La seconde fois j’étais dans l’église; j’ai entendu encore des cris, sans pourtant comprendre ce qu’on disait; mais, ayant vu les boys qui criaient, je les ai réprimandés. Ils m’ont répondu qu’ils saluaient leurs amis qui étaient sur le bateau, et en ce qui concerne la première fois, ayant fait une enquête, on m’a dit que c’étaient des gens qui n’appartenaient pas à la Mission qui avaient crié, des Ngombe et des indigènes de Bokemjola (près de Boieka).