Jusqu'à présent la chose se lit bien, le sens en est raisonnable et positif. Supposant le chirurgien un homme instruit et lettré, l'inscription latine se complète d'elle-même. Mais, hélas! il y un mais,—la lettre C avant Gifart me trouble un peu. Comme je n'ai sous la main aucun volume, aucune tradition du temps à consulter, je suis obligé de m'en tenir aux correspondances de journaux, et je trouve dans toutes le prénom de Robert—ce qui ne commence pas du tout par un C! [299] Mais le C, le malheureux C, ne serait-il pas l'initiale de Cloutier, le charpentier ou l'entrepreneur avec lequel Gifart avait fait un contrat à Mortaigne, le 14 mars 1634, quatre mois à peu près avant la pose de la première pierre? Alors il faudrait lire j'ai été plantée par Cloutier, Gifart étant seigneur de ce lieu.
Je m'arrête, le souvenir de certaine inscription sur certain pont vient troubler toutes ces belles spéculations. A force de vouloir être savant, on pourrait faire dire à Robert Gifart des choses qu'il n'a jamais pensées.
Si, après tout, ce Gifart n'était pas savant, et qu'il eut voulu dire par I. H. S., Jésus-Christ, et M. I. A., Maria, ce serait trop fort—J'aimerais mieux la théorie de M. le Dr. Marsden, et de M. Bédard, Maria, Joachim, Anna. Le 25 juillet étant la fête de saint Jacques, et la vigile de saint Joachim, il serait plus raisonnable de penser qu'on aurait mis la construction du premier Manoir canadien sous la protection et les auspices du saint du jour
Reste a savoir si la Saint Jacques se fêtait le 25 juillet, la Saint
Joachim le 26, en l'an de notre Seigneur 1634.
Je laisse à d'autres de mieux trouver.
Quoiqu'il en soit, cette date 1634, est un centenaire mémorable, car c'est en 1534 que Jacques Cartier, visita le golfe Saint-Laurent et c'est en 1535, qu'il remonta notre beau fleuve jusqu'à Hochelaga, cent ans avant la première concession seigneuriale de Beauport.
J'ai l'honneur d'être, Monsieur,
votre humble servt.,
Cte. d'ORSONNENS
L'INSCRIPTION DU MANOIR DE BEAUPORT.
Parmi une masse de vieux documents que je possède, concernant la seigneurie de Beauport et ses seigneurs, j'ai trouve le reçu suivant:
"Je, soussigné, confesse avoir reçu un billet de cent cinquante livres de monsieur de Beauport, pour ce qu'il m'avait promis pour faire sa bâtisse de logis de Beauport.