Gand 14, Décembre, 1889.
No. IV.
EXTRAIT D’UN MÉMOIRE.
ADRESSE LE 3 OCTOBRE 1814, AUX HAUTES PUISSANCES ASSEMBLÉES DANS LE CONGRÈS DE VIENNE,
Par MM. les Vicaires-Généraux de Gand, dans l’absence et suivant l’intention expresse de Monseigneur le Prince de Broglie, évéque de Gand.
“Depuis l’établissement de la religion protestante en divers pays de l’Europe, on ne connaît aucun peuple qui, devant être gouverné par un prince d’une religion différente de la sienne, n’ait pris auparavant toutes les précautions possibles pour mettre l’exercice libre de son culte, tous les droits et priviléges qui y étaient attachés, hors de toute atteinte de la part du souverain.”
A l’appui de cette proposition MM. les vicaires-généraux citent plusieurs exemples choisis dans l’histoire d’Allemagne.
“Les Belges, disent-ils ensuite, sont d’autant plus fondés à solliciter des hautes puissances cet acte de justice, que:
I. La religion luthérienne et la réformée ne sont, à proprement parler, que tolérées en Allemagne par les constitutions de l’empire germanique, ainsi que la religion catholique, attendu qu’il répugne au bon sens d’approuver des religions qui se contredisent. Mais dans la Belgique, la religion catholique a été constamment et authentiquement approuvée de tout temps.—Les Belges sont donc à bien plus forte raison fondés à invoquer un droit de garantie formel en faveur d’une religion qui n’a jamais cessé d’être la leur depuis leur conversion au christianisme, et dont l’exercice exclusif leur a été constamment assuré par les traités les plus solennels.
II. Tel est d’ailleurs le véritable intérêt de S. A. R. le prince d’Orange; car, on ne peut le dissimuler, une assez longue expérience a prouvé combien les Belges sont attachés à leur religion et en même temps très chatouilleux sur cet article.... Dès le règne de Marie-Thérèse ils eurent à se plaindre plusieurs fois de l’influence de la philosophie moderne sur les mesures de l’administration. On sait que Joseph II, n’ayant plus gardé de mesure, employa vainement des voies d’autorité pour obliger les Belges à adopter ses nouveaux plans inconciliables avec l’indépendance de la jurisdiction ecclésiastique, et qu’après une assez longue lutte ils en vinrent enfin jusqu’à secouer ouvertement le joug. Un prince plus puissant et plus redoutable ne réussit pas mieux à subjuguer leurs esprits. La terreur de son nom et la multitude de ses troupes aguerries maintinrent les Belges dans la dure oppression; mais il ne parvint jamais à leur faire recevoir les institutions impériales, celles de l’université, le catéchisme de l’empire, ni même les quatre articles du clergé de France.... On ne peut nier que S. A. R. le prince d’Orange ne réunisse en sa personne toutes les qualités propres à lui concilier les cœurs de ses nouveaux sujets. Mais les qualités les plus distinguées et les plus aimables d’un souverain ne sauraient être pour le peuple qu’il doit gouverner, une garantie suffisante de la conservation de ses droits en matière de religion. Il n’est pas impossible que ses successeurs ne soient pas aussi favorablement disposés que lui. D’ailleurs les principaux dépositaires de son autorité, ne peuvent-ils pas exercer sur l’esprit du prince une influence très pernicieuse aux vrais intérêts de la religion?... La plupart des hommes d’état n’attachent plus, de nos jours, au maintien de la religion de leur pays la même importance qu’on y attachait autrefois.... Au lieu de se borner à protéger la religion, à faire exécuter les lois de l’église, à punir les actes extérieurs nuisibles à la société religieuse, ils s’immiscent témérairement dans les affaires de la religion.
Le véritable intérêt de S. A. R. le prince d’Orange est donc qu’un pacte inaugural assure aux peuples de la Belgique la conservation de leur religion, dans toute l’étendue de leurs anciens pactes inauguraux.
III. C’est aussi l’intérêt de l’Europe.... Il importe infiniment au succès du nouveau système politique, que la Belgique soit aussi tranquille, aussi heureuse qu’elle peut l’être, et que par conséquent on ne laisse point germer dans l’esprit des habitants des semences de défiance, de division et de trouble, dont il serait un jour extrêmement difficile d’arrêter le funeste développement, si l’on ne pourvoit d’avance à la stabilité inaltérable de l’état de la religion, tel qu’il existait autrefois. Pour cet effet, il entrerait dans les plans d’une saine politique de rétablir dans ces provinces les anciennes constitutions ... nous ne pouvons calculer les résultats d’un autre système; mais si l’on ne jugeait pas à propos de rendre à la Belgique ses antiques et vénérables institutions, ... nous supplions les hautes puissances assemblées dans le congrès de Vienne, de stipuler dans le traité définitif de cession de ces provinces à S. A. R. le prince d’Orange, les articles suivants de garantie en faveur de notre sainte religion: