"CHER AMI,
"Les dernières Élections Cantonales m'avaient si vivement absorbé que je n'ai pu trouver la minute de liberté nécessaire pour répondre à vos deux lettres.
"Permettez-moi d'ailleurs, après m'être excusé du retard, de vous dire que je ne partageais ni votre émotion ni votre point d'impatience. Je crois fermement que la solution grecque sera prochainement obtenue, en dépit des résistances et des tergiversations qui peuvent se produire chez les Turcs ou ailleurs. L'important est de maintenir le concert de l'Europe, de le manifester par l'action commune d'une démonstration navale; et d'après tout ce que je sais, j'ai confiance que le gouvernement de la République est resté dans la ligne de conduite et qu'il y persévérera.
"Quant à la Grèce, il convient qu'elle attende aussi, sans faire mesure, l'effet de cette démonstration. Je suis peut-être optimiste, mais je crois à une issue favorable.
"En ce qui touche le traité de Commerce votre lettre m'a fort surpris, et je ne peux m'expliquer une attitude si contraire aux préliminaires pris par M. L. Say: je vous prie de ne pas trop vous hâter de la porter à la connaissance du public. Je crois qu'il y a là quelque malentendu que je serai bien aise de faire disparaître, si vous voulez m'y donner le temps.
"Je vais demain à Cherbourg, où je verrai vos amis qui sont invités par la Ville, et au retour je vous manderai ce que j'aurai appris sur les négociations du traité de Commerce qu'il serait si bon de voir conclure.
"Bien cordialement,
"L. GAMBETTA."
"CHAMBRE DES DÉPUTÉS, "PARIS, "le 8 Mai, 1880.