C. C'est assez, ne parlez point tant, &dites moi en peu de mots vos péchés.
Elle raconte les péchés d'autrui.
La Pénitente. J'ai un enfant qui est le plus méchant garçon que vous ayez jamais vu: il jure, bat sa soeur, il fuit l'école, dérobe tout ce qu'il peut pour jouer; il suit de méchans fripons: l'autre jour en courant il perdit son chapeau. Enfin, c'est un méchant garçon, je veux vous l'amener afin que vous me l'endoctriniez un peu s'il vous plaît.
C. Dites-moi vos péchés.
P. Mais, mon père, j'ai une fille qui est encore pire. Je ne la peux faire lever le matin: Je l'appelle cent fois: Marguerite: plait-il ma Mere? lève-toi promptement et descends: j'y vais. Elle ne bouge pas. Si tu ne viens maintenant, tu seras battue. Elle s'en moque. Quand je l'envoie à la Ville, je lui dis reviens promptement, ne t'amuse pas. Cependant, elle s'arrête à toutes les portes comme l'âne d'un meûnier, elle babille avec tous ceux qu'elle rencontre; &quand elle me fait cela, je la bats: ne fais-je pas bien, mon père?
C. Dites-moi vos péchés et non pas ceux de vos enfans.
P. Il se trouve, mon père, que nous avons dans notre rue une voisine qui est la plus méchante de toutes les femmes: elle jure, elle querelle tous ceux qui passent, personne ne la peut souffrir, ni son mari, ni ses enfans, &bien souvent elle s'enivre, &vous me dites, mon père, quelle est celle-la? c'est ...
C. Ah gardez-vous bien de la nommer; car à la confession il ne faut jamais fair connoitre les personnes dont vous déclarez les péchés.
P. C'est elle qui vient se confesser après moi: grondez-la bien, car vous ne lui en sauriez trop dire.
C. Taisez-vous donc, &ne parlez que de vos péchés, non pas de ceux des autres.