Belgrade, le 11/24 Juillet 1914.

Le Gouvernement Austro-Hongrois a remis hier soir au Gouvernement serbe une note concernant l'attentat de Sarajevo. Consciente de ses devoirs internationaux, la Serbie dès les premiers jours de l'horrible crime a déclaré qu'elle le condamnait et qu'elle était prête à ouvrir une enquête sur son territoire si la complicité de certains de ses sujets était prouvée au cours du procès instruit par les autorités Austro-hongroises. Cependant les demandes contenues dans la note Austro-hongroise sont inutilement humiliantes pour la Serbie et incompatibles avec sa dignité comme Etat indépendant. Ainsi on nous demande sur un ton péremptoire une déclaration du gouvernement dans l'officiel et un ordre du souverain à l'armée, où nous réprimerions l'esprit hostile contre l'Autriche en nous faisant à nous mêmes des reproches d'une faiblesse criminelle envers nos menées perfides.—On nous impose ensuite l'admission des fonctionnaires austro-hongrois en Serbie pour participer avec les nôtres à l'instruction et pour surveiller l'exécution des autres conditions indiquées dans la note. Nous avons reçu un délai de 48 heures pour accepter le tout, faute de quoi la Légation d'Autriche-Hongrie quittera Belgrade. Nous sommes prêts à accepter les conditions austro-hongroises qui sont compatibles avec la situation d'un Etat indépendant, ainsi que celles dont l'acception nous sera conseillée par Votre Majesté; toutes les personnes dont la participation à l'attentat sera démontrée seront sévèrement punis par nous. Certaines parmi ces demandes ne pourraient être exécutées sans des changements de notre législation, ce qui exige du temps. On nous a donné un délai trop court. Nous pouvons être attaqués après l'expiration du délai par l'armée austro-hongroise qui se concentre sur notre frontière. Il nous est impossible de nous défendre et nous supplions Votre Majesté de nous donner Son aide le plus tôt possible. La bienveillance précieuse de Votre Majesté qui s'est manifestée tant de fois à notre égard nous fait espérer fermement que cette fois encore notre appel sera entendu par Son généreux coeur slave.

En ces moments difficiles l'interprète les sentiments du peuple serbe qui supplie Votre Majesté de vouloir bien s'intéresser au sort du Royaume de Serbie.

(Signé) Alexandre.

No. 7.

Le Chargé d'Affaires en Allemagne au Ministre des Affaires Etrangères.

(Télégramme).

Berlin, le 11/24 Juillet 1914.

Tous les journaux du matin, même ceux, rares, qui reconnaissent l'impossibilité pour la Serbie d'accepter les conditions posées, accueillent avec une grande sympathie le ton énergique adopté par l'Autriche. L'officieux «Local-Anzeiger» est particulièrement agressif; il qualifie de superflus les recours éventuels de la Serbie à St. Pétersbourg, à Paris, à Athènes et à Bucarest, et termine en disant que le peuple allemand respirera librement quand il aura appris que la situation dans la péninsule Balcanique va enfin s'éclaircir.

(Signé) Bronewsky.