De l'escabeau vide au foyer,
Là, le pauvre s'empare,
Et le grand bahut de noyer
Pour lui n'est point avare;
C'est là qu'un jour je vins m'asseoir,
Les pieds blancs de poussière;
Un jour … puis en marche! et bonsoir,
La ferme et la fermière!

Mon seul beau jour a dû finir,
Finir dès son aurore;
Mais pour moi ce doux souvenir
Est du bonheur encore:
En fermant les yeux, je revois
L'enclos plein de lumière,
La haie en fleur, le petit bois,
La ferme et la fermière!

Si Dieu, comme notre curé
Au prône le répète,
Paie un bienfait (même égaré),
Ah! qu'il songe à ma dette!
Qu'il prodigue au vallon les fleurs,
La joie à la chaumière,
Et garde des vents et des pleurs
La ferme et la fermière!

Chaque hiver, qu'un groupe d'enfants
A son fuseau sourie,
Comme les anges aux fils blancs
De la Vierge Marie;
Que tous, par la main, pas à pas,
Guidant un petit frère,
Réjouissent de leurs êbats
La ferme et la fermière!

ENVOI.

Ma chansonnette, prends ton vol!
Tu n'es qu'un faible hommage;
Mais qu'en avril le rossignol
Chante, et la dédommage;
Qu'effrayé par ses chants d'amour,
L'oiseau du cimetière
Longtemps, longtemps, se taise pour
La ferme et la fermière!

ALFRED DE MUSSET

AU LECTEUR

Ce livre est toute ma jeunesse;
Je l'ai fait sans presque y songer.
Il y paraît, je le confesse,
Et j'aurais pu le corriger.

Mais quand l'homme change sans cesse,
Au passé pourquoi rien changer?
Va-t'en, pauvre oiseau passager;
Que Dieu te mène à ton adresse!