MAROT
RONDEAU
Au bon vieulx temps un train d'amour regnoit
Qui sans grand art et dons se demenoit,
Si qu'un bouquet donné d'amour profonde,
C'estoit donné toute la terre ronde,
Car seulement au cueur on se prenoit.
Et si par cas à jouyr on venoit,
Sçavez-vous bien comme on s'entretenoit?
Vingt ans, trente ans: cela duroit un monde
Au bon vieulx temps.
Or est perdu ce qu'amour ordonnoit:
Rien que pleurs feincts, rien que changes on n'oyt.
Qui vouldra donc qu'à aymer je me fonde,
Il faut premier que l'amour on refonde,
Et qu'on la meine ainsi qu'on la menoit
Au bon vieulx temps.
PIERRE DE RONSARD
A CASSANDRE
Mignonne, allons voir si la rose
Qui, ce matin, avoit desclose
Sa robe de pourpre au soleil,
A point perdu, cette vesprée
Les plis de sa robe pourprée
Et son teint au vostre pareil.
Las! voyez comme, en peu d'espace,
Mignonne, elle a dessus la place,
Las, las, ses beautez laissé cheoir!
O vrayment marastre nature,
Puisqu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir!
Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez vostre jeunesse:
Comme à cette fleur, la vieillesse
Fera ternir vostre beauté.