J'ai sur le coeur un poids énorme;
L'exil est trop dur et trop long.
—Pour que je me repose et dorme,
Qu'on me fasse un cercueil de plomb!
ÉTOILES FILANTES
Dans les nuits d'automne, errant par la ville,
Je regarde au ciel avec mon désir,
Car si, dans le temps qu'une étoile file,
On forme un souhait, il doit s'accomplir.
Enfant, mes souhaits sont toujours les mêmes:
Quand un astre tombe, alors, plein d'émoi,
Je fais de grands voeux afin que tu m'aimes
Et qu'en ton exil tu penses à moi.
A cette chimère, hélas! je veux croire,
N'ayant que cela pour me consoler.
Mais voici l'hiver, la nuit devient noire,
Et je ne vois plus d'étoiles filer.
A UN ÉLÉGIAQUE
Jeune homme, qui me viens lire tes plaintes vaines,
Garde-toi bien d'un mal dont je me suis guéri.
Jadis j'ai, comme toi, du plus pur de mes veines
Tiré des pleurs de sang, et le monde en a ri.
Du courage! La plainte est ridicule et lâche.
Comme l'enfant de Sparte ayant sous ses habits
Un renard furieux qui le mord sans relâche,
Ne laisse plus rien voir de tes tourments subis.
On fut cruel pour toi. Sois indulgent et juste.
Rends le bien pour le mal, c'est le vrai talion,
Mais, t'étant bien bardé le coeur d'orgueil robuste,
Va! calme comme un sage et seul comme un lion.
Quand même, dans ton sein, les chagrins, noirs reptiles,
Se tordraient, cache bien au public désoeuvré
Que tu gardes en toi des trésors inutiles
Comme des lingots d'or sur un vaisseau sombré.