Femme, recorde-moi ceci. Ma force vierge
Est éclose aux ardeurs brunes de tes beaux yeux:
Quand mon coeur sera mûr pour le sol des aïeux,
Notre amour sera clos. N'allume pas de cierge.

Le ciel restera sourd comme il reste béant.
O femme, écoute-moi, pas de terreur vulgaire!
Si l'âme est immortelle, il ne m'importe guère,
Et je ne me vends pas aux chances du néant.

Aucun joug n'a ployé ma nuque inasservie,
Et dans la liberté que lui fait sa vertu,
Voici l'homme qui s'est lui-même revêtu
Du pouvoir de juger et d'attester sa vie.

Hors de moi, je ne prends ni rêve ni conseil;
N'arrachant du labeur que l'oeuvre et non la tâche,
Je ne me promets point de récompense lâche
Pour le plaisir que j'ai de combattre au soleil.

Le limon, que son oeuvre auguste divinise
Par son épouvantable enfantement, répond
Aux désirs surhumains de mon être fécond,
Et ma chair douloureuse avec lui fraternise.

Telle est ma loi. Sans peur et sans espoir, je vais,
Après m'être creusé ma route comme Alcide.
Que la combinaison de mon astre décide
Si je suis l'homme bon ou bien l'homme mauvais.

Mais, quel que soit le mot qu'ajoute ma planète
Aux constellations de la fatalité,
J'ai reposé mon coeur avec tranquillité
Dans l'asile très sûr d'un amour très honnête.

FRANÇOIS FABIÉ.

LES GENÊTS

Les genêts, doucement balancés par la brise,
Sur les vastes plateaux font une houle d'or;
Et, tandis que le pâtre à leur ombre s'endort,
Son troupeau va broutant cette fleur qui le grise;