Et, comme en l'an quatre-vingt-onze,
Reprendra son vol souverain;
Car briser la cage de bronze,
C'est facile à l'oiseau d'airain.

L'obscurité couvre le monde,
Mais l'Idée illumine et luit;
De sa clarté blanche elle inonde
Les sombres azurs de la nuit.

Elle est le fanal solitaire,
Le rayon providentiel.
Elle est la lampe de la terre
Qui ne peut s'allumer qu'au ciel.

Elle apaise l'âme qui souffre,
Guide la vie, endort la mort;
Elle montre aux méchants le gouffre,
Elle montre aux justes le port.

En voyant dans la brume obscure
L'Idée, amour des tristes yeux,
Monter calme, sereine et pure,
Sur l'horizon mystérieux,

Les fanatismes et les haines
Rugissent devant chaque seuil
Comme hurlent les chiens obscènes
Quand apparaît la lune en deuil.

Oh! contemplez l'Idée altiére,
Nations! son front surhumain
A, dés à présent, la lumière
Qui vous éclairera demain!

LE CHASSEUR NOIR

Qu'es-tu, passant? Le bois est sombre,
Les corbeaux volent en grand nombre,
Il va pleuvoir.
Je suis celui qui va dans l'ombre,
Le chasseur noir!

Les feuilles des bois, du vent remuées,
Sifflent … on dirait
Qu'un sabbat nocturne emplit de huées
Toute la forêt;
Dans une clairière, au sein des nuées,
La lune apparaît.