De ce moment, en effet, Monsieur le Ministre, le système d'échange était établi. L'Amérique était venue au-devant de la France; et la France l'avait accueillie avec empressement. Quoique abandonné à mes propres forces, j'ai entretenu avec quelques succès les relations que j'avais eu le bonheur de nouer entre les deux nations. De l'époque de mon retour à Paris jusqu'à présent, il y a eu un mouvement d'échange qui peut se calculer de la manière suivante:

6,000volumes,
316cartes géographiques,
240gravures,
150médailles,
2 plans en relief,
5caisses de minéraux,
Des herbiers.

Une personne, que sa position m'autorise à croire bien informée, m'a affirmé que le commerce de la librairie avait ressenti utilement l'influence de ces échanges, qu'il s'en était accru d'une manière notable. Je n'en sais rien; mais il m'a semblé que je devais vous soumettre cette observation dont je n'ai pas eu le temps de chercher la preuve, et qu'ainsi je ne puis garantir. Toutefois, j'ajouterai qu'elle a pour moi un grand caractère de probabilité, et que je l'avais depuis longtemps pressentie.

Les ministères et les administrations publiques sont entrés pour la plus grande part dans ce mouvement; mais il est de mon devoir de dire que ni écrivain, ni publiciste, ni artiste ne m'ont refusé leur concours; et parmi ceux qui m'ont encouragé par leurs présents, je compte les membres les plus illustres des deux chambres législatives.

Dans la séance du 21 mai 1842, la chambre des députés, sur la proposition de son bibliothécaire, a ajouté à son budget une somme de 3,000 fr. pour les échanges; et le 14 novembre de la même année, M. Carrey, bibliothécaire de la chambre des pairs, m'a annoncé que M. le grand référendaire lui avait ordonné de tenir à ma disposition 120 volumes de documents émanés de la pairie pour le sénat des États-Unis. Par plusieurs délibérations, dont la première est du 21 décembre 1842, le conseil municipal de la ville de Paris est entré en relation d'échanges avec les principales villes de l'Union américaine, New-York, Boston, Baltimore, Washington, etc.

De leur côté les États du Maine et du Massachusetts ont, par des bills en date du 22 mars 1844 et 7 février 1845, voté chacun une somme de 300 dollars (1,500 fr.) pour les frais des échanges; et un acte de la législature du Michigan (12 mars 1844) ordonne que l'ingénieur en chef de l'État recherche les doubles qui existent dans les collections d'histoire naturelle de l'Université, qui sont sous sa direction, et qu'il en fasse un rapport dans la plus prochaine session de la législature.

Ce ne sont là, Monsieur le Ministre, que les faits les plus saillants qui se sont produits dans ces dernières années et depuis mon retour d'Amérique. Je pourrais en soumettre beaucoup d'autres à l'appréciation de Votre Excellence; mais j'en ai dit assez pour justifier votre bienveillant intérêt si vous daignez me l'accorder, et je craindrais d'abuser du temps que vous voulez bien me donner si j'insistais davantage.

Vous voyez, Monsieur le Ministre, que l'impulsion est donnée; que le mouvement des échanges est accepté, encouragé par le zèle des particuliers et par le concours de la puissance publique; que le système d'échange tend à devenir ce qu'il doit être, un lien intellectuel entre les nations, un instrument de civilisation et de progrès. C'est aujourd'hui plus qu'une idée, une théorie; c'est un fait. On peut en mesurer dès à présent la portée pour l'instruction des peuples, pour l'avancement des sciences, pour le bien de l'humanité. Croyez, Monsieur le Ministre, que si tant de personnages éminents, tant de pouvoirs publics se sont montrés accessibles à mes sollicitations, c'est qu'il y a une sorte de conscience universelle qui s'attache à l'accomplissement de mon œuvre comme à une espérance de grandeur et de gloire pour les nations.

J'ai l'honneur d'être avec le plus profond respect,
Monsieur le Ministre,
De Votre Excellence,
Le très-humble et très-obéissant serviteur,

Alexandre Vattemare.