Officiellement constitué comme Président de la Société d'histoire naturelle, l'organe de la partie scientifique de notre population, je ne puis vous laisser partir pour les pays où votre présence se fait désirer, sans vous exprimer notre reconnaissance pour les bienfaits immenses dont vous sont redevables cette ville et ce pays. Vous êtes venu parmi nous étranger, dont le nom était connu, il est vrai, lié qu'il était à cette grande idée d'échanges internationaux, système de peu d'intérêt pour nous, qui étions trop insignifiants pour y participer. La surprise et l'incrédulité, quant au succès, furent donc les premières émotions soulevées par votre proposition de rendre le Canada partie intégrante de cette grande union nationale que vous avez en partie établie dans l'ancien monde, et dans laquelle vous vous efforcez, avec un zèle philanthropique et désintéressé, de faire entrer le nouveau. Ces sentiments ont fait place à l'admiration, lorsque, après avoir fait connaître vos plans, vous avez commencé avec énergie et persévérance à engager la coopération des corps publics et des individus, et à combattre les obstacles que les circonstances malheureuses dans lesquelles se trouve ce pays ont semés sur votre route. Vous avez enfin réussi, et, en nous quittant, vous emportez la preuve de l'utilité de votre visite et de votre résidence prolongée. Vos ardents désirs pour notre bien vont être satisfaits, et nous espérons voir bientôt s'élever dans notre ville un monument qui, sans porter le nom de Vattemare, sera désigné comme son œuvre aux générations futures. Vous aurez ainsi créé les moyens d'unir le Canada avec les autres nations dans le magnifique et bienveillant système d'échanges internationaux, plan qui ne doit pas seulement être considéré sous le point de vue commercial, mais comme un grand levier moral qui resserrera les liens qui unissent les différentes nations de la terre en une seule famille. Le Canada ne manque, sous aucun rapport, des richesses nécessaires pour venir au-devant des offres de nos frères transatlantiques; car, quoiqu'il ne possède aucun des trésors fruits d'une longue civilisation, comme des antiquités, des ouvrages de littérature et d'arts, les productions naturelles de nos pays, estimées comme elles le sont en Europe, et qui ne demandent que de l'industrie pour être rassemblées, seraient cependant tout à fait dignes d'être échangées contre les livres, modèles et spécimens qui ne manqueraient pas de nous être envoyés des plus anciennes contrées. Je suis, etc.
Lettre de monseigneur l'évêque de Montréal, Bas-Canada.
Montréal, 23 novembre.
Monsieur,
J'ai toujours considéré le genre humain comme ne formant qu'un même corps, qui a pour membres toutes les nations du globe, et pour âme la divine Providence qui préside à tous les événements d'ici-bas. Un des grands bienfaits du christianisme est d'unir intimement tous ces membres dispersés par toute la terre; et si les passions humaines ne venaient pas rompre ces liens sacrés que la religion tend sans cesse à former, tous les peuples ne formeraient plus qu'un même peuple, ne seraient plus qu'une seule et même famille dont Dieu serait le père.
Toute institution qui tendra à cimenter une union aussi parfaite sera donc à mes yeux une œuvre éminemment utile; voilà pourquoi je ne puis m'empêcher de donner toute mon admiration à ce plan par lequel vous travaillez à unir toutes les nations dans une immense association de science, de lumière et d'industrie.
Par vos efforts, toutes ces richesses deviendront un trésor commun où les plus pauvres pourront puiser avec abondance. Aussi, nul doute que vous ne rencontriez de toutes parts la sympathie et le concours le plus empressé; ce sont, du moins, les sentiments qui animent à votre égard l'évêque de Montréal et son clergé.
Je prie Dieu, qui vous a déjà donné tant de succès, de vouloir bien couronner par vous cette œuvre excellente, dont toute la gloire sera à lui et le profit au genre humain. Ce sera sans doute pour vous une récompense telle que vous ne pouvez en espérer une plus grande ici bas.
J'ai l'honneur d'être, etc.