Le Pere Enemõd Massé se rencontra vne fois en vn tel badinage, & en conuainquit manifestement la piperie, & fausseté. Mais on ne sçauroit dire combien peut la coustume, & l'authorité ja preiugée, encores mesmes contre les demonstratiõs oculaires. Car [124]toutes vos raisons, & apportez-en mille si vous voulez, sont biffées, par ce seul traict, qui leur est en main. Aoti Chabaya, c'est (disent-ils) la façon de faire des Sauuages. Vous vsez de la vostre, nous de la nostre. Chacun prise ses merceries, mais en despit de ces malencontreuses predictions Autmoinales nous en auons veu par la grace de Dieu, qui sont eschappez & reuenus en santé, par le bon soin & [87] cure des François, comme Membertou, que Monsieur de Potrincourt retira d'vne toute telle mort, & despuis de nostre temps son fils Actodin. Ce qui a grandement decredité ces desastrez Magiciens, & a ouuert les yeux à ceste pauure Gentilité, à la grande gloire de nostre Sauueur, & consolation de ses seruiteurs.
Father Enemond Massé once found himself in the midst of this kind of foolery, and demonstrated to them plainly the trickery and falsity of it. But it is impossible to tell to how great a degree custom and influence can prejudice, even in the presence of ocular proof. For all your arguments, and you can bring on a thousand of them if you wish, are annihilated by this single shaft which they always have at hand, Aoti Chabaya, (they say) "That is the Savage way of doing it. You can have your way and we will have ours; every one values his own wares." But in spite of these lugubrious Autmoinal predictions, we have seen some who, by the grace of God, have been saved and have recovered their health, through the good care and [87] nursing of the French, as for instance Membertou, whom Monsieur de Potrincourt delivered from just such a death as this; and in our time his son, Actodin; which has greatly discredited these baleful Magicians, and has opened the eyes of these poor Heathen, to the great glory of our Savior, and satisfaction of his servants.
Pour la cure des playes, les Autmoins n'y entendent guieres plus: car ils ne sçauent que succer la blesseure & la charmer, y apposant quelques simples au rencontre de la bonne auenture. Cependant la cõmune opinion est, qu'il faut faire plusieurs & bons presents à l'Autmoin, à celle fin qu'il aye meilleure main: car, disent-ils, cela y fait beaucoup en toutes sortes de symptomes. Les mesmes Pilotoys ont aussi ce priuilege, que de receuoir de tous, & de ne [88] dõner à personne; Ainsi que s'en venta vn faux vieillard, audict P. Enemond Massé. C'est vne belle exemption de taille, que ceste-là: Ne rien donner, & receuoir tout.
In regard to the cure of sores, the Autmoins know no more; for all they can do is to suck the wound and charm it, applying to it some simple remedies at random. However, the general impression is, that they must make many and valuable presents to the Autmoin, so that he may have a more skillful hand: for they say that that counts a great deal in all kinds of diseases. Likewise the Pilotoys have also this privilege, that of receiving from all and [88] giving to none, as a wicked old man boasted to Father Enemond Massé. This is a fine exemption from taxes, indeed: Give nothing and take all.
CHAPITRE VIII.
DE LEUR TESTAMENT, LEURS OBSEQUES, & ENTERREMENT, & DE LEUR RELIGION.
[126] LE malade ayant esté iugé à mort par l'Autmoin, ainsi que nous auons dit: Toute la parentée, & les voysins s'assemblẽt, & luy, au plus haut appareil qu'il peut, fait la harangue funebre: recite ses gestes, donne des enseignements à sa famille, recommande ses amis: en fin, dit à Dieu. Voyla tout leur testament: Car de dons, ils n'en font point, ains tout au contraire de nous, les suruiuants [89] en font en mourant, ainsi qu'ouyrez. Seulement faut excepter la Tabagie, parce qu'elle est vne rubrique generale qu'il faut obseruer par tout, à fin que les ceremonies soyent selon le droict.