CHAPITRE XIV. [i.e., xiii.]

LE VOYAGE, & L'ARRIUÉE À PORT ROYAL.

[178] IAMAIS forte marée n'arriua plus à propos à nauire assablé pour le degager des basses eaux, & le remettre en haute mer pour gaigner païs, que l'associatiõ des Iesuites se rencontra propice au sieur Robin, pour auoir cõmodité de fournir sõ vaisseau de Canada, & le deliurer des barres, entre lesquelles il se trouuoit arresté. Car il estoit fils de famille, & partant vous pouuez estimer qu'il n'auoit pas les millions à commãdement; [138] son pere aussi n'auoit que faire d'entendre aux nauigations d'outre-mer, ayãt tout fraischement entrepris le grand party du sel, qui requiert vn fonds, & vne occupatiõ si grande, que chacun sçait. Ie dis cecy, parce que le factieux escriuain, iugeãt mal des benefices de Dieu, impute aux Iesuites, que le sieur de Biẽcourt ne partit plustost de Dieppe pour la nouuelle France, estãt neatmoins le contraire: car à leur occasion lon trouua de l'argẽt pour mettre viste la voile au vent: ce qu'on ne pouuoit faire sans cela. On desmare donques le vingt sixieme de Ianuier l'an 1611, auec d'autãt plus de reiouissance, que les disputes & l'attente auoyent causé d'ennuy. Encores partit-on trop tost, pour arriuer si tard: car on cõsuma quatre moys en la nauigation; & alla on surgir premierement [139] à Campseau, à cause de quoy on fut contraint puis apres de costoyer la terre auec surseance en plusieurs endroits. Ceste [180] coste iusques à Port Royal est d'enuiron six vingts lieües.

CHAPTER XIV. [i.e., xiii.]

THE VOYAGE, AND ARRIVAL AT PORT ROYAL.

NEVER was the coming of the high tide more opportune to a stranded ship to free it from the shallow waters, and place it again upon the high sea with its prow turned toward home, than was the meeting of the Jesuit partners with sieur Robin, to arrange for the equipment of his vessel for Canada, and to deliver it from the bars among which it was entangled. For he was the son of a gentleman and you may judge that he did not have millions at command; [138] his father also did not want to hear about the voyages beyond the sea, having quite recently undertaken the great salt enterprise, which required so great a capital and investment, as every one knows. I say this because the factionist writer, misjudging the blessings of God, lays it at the door of the Jesuits that sieur de Biencourt did not depart sooner from Dieppe to new France; it was, however, just the contrary, since it was for their sake that money was found to unfurl the sails to the wind, which could not have been done without it. So they left their moorings the twenty-sixth of January, 1611, with all the more joy since the disputes and delays had caused so much vexation. Yet they departed too soon for such a late arrival, for four months were consumed in the voyage; and first they went to land [139] at Campseau, on account of which they were compelled thereafter to keep near the shore, with stops at several places. Along this coast to Port Royal, it is about one hundred and twenty leagues.

En nostre route nous eusmes le rencontre du sieur Champlain, qui tiroit à Kebec parmy les glaces sur la fin du moys d'Auril. Ces glaces estoyent monstrueuses, car en aucuns endroits la mer en estoit toute couuerte, autant qu'on pouuoit estendre la veuë. Et pour passer à trauers, falloit les rompre auec barres & leuiers apposez aux escobilles, ou bec du nauire; elles estoyent d'eau douce & auoyent esté charriées plus de cent lieuës auant en haute, & pleine mer par la grande riuiere S. Laurens. En aucuns endroits apparoissoyent des hauts, & prodigieux glaçons nageants, & flottans, esleuez de [140] trente & quarante brasses, gros, & larges cõme si vous ioigniez plusiears chasteaux ensemble, & comme vous diriés, si l'Eglise nostre Dame de Paris auec vne partie de son Isle, maisons, & palais alloit flottant dessus l'eau. Les Holãdois en ont bien veu de plus enormes & prodigieux à Spitbergen, & au destroit de Vbaïgats, si ce qu'ils en ont publié est veritable. Nous arriuasmes à port Royal le 22. de Iuin de la mesme annee 1611. le S. iour de la Pentecoste.

On our way, towards the last of April, we had seen sieur Champlain, who was making his way through the icebergs to Kebec. These masses of ice were enormous, for the sea was in some places covered with them as far as the eye could reach. And, to cross them, they had to be broken with bars and pointed irons inserted in the escobilles or beak of the ship; it was fresh-water ice, and had drifted down more than a hundred leagues to the deep and open sea through the great St. Lawrence river. In some places there appeared vast and lofty pieces of floating and wavering ice, [140] thirty and forty fathoms out of the water, as big and broad as if several castles were joined together, or, as you might say, as if the Church of notre Dame de Paris, with part of its Island, houses, and palaces should go floating out upon the water. The Hollanders have seen still more enormous and wonderful ones at Spit[z]bergen, and in the strait of Ubaïgats,[34] if what they have published about them is true. We arrived at port Royal the 22nd of June of the same year, 1611, the Holy day of Pentecost.[35]

Mais auant que mettre pied à terre disons vn mot touchant l'estat auquel les Iesuites ont vescu pendant le voyage. Car quoy que ce soyent choses de peu de consequence elles sont toutesfois necessaires pour fermer la bouche au mensonge. La verité doncques est, Premierement, qu'il n'eurent aucun seruiteur en tout ce voyage, [141] sinõ leur propres pieds, & bras: s'il falloit lauer leur linge, si nettoyer leur habits, si les rapiecer, si pouruoir à aultres necessités ils auoyent priuilege de le faire eux mesmes aussi biẽ que le [182] moindre. Secondement ils ne se mesloyent d'aucun gouuernement, ny ne faisoyent aucun semblant d'auoir point de droict ou puissance dans le nauire; le sieur de Biencourt faisoit tout, seul maistre, & absolu: laquelle forme d'humilité ils ont tousiours cõtinuée despuis à port Royal. Leurs ordinaires exercices estoyent de chanter le seruice diuin les Dimanches, & festes, auec vne petite exhortation ou sermõ: tous les iours le matin, & soir ils assembloyẽt toute la troupe pour la priere, & le Caresme par l'hexhortation, trois fois seulemẽt la semaine. Leur conuersation estoit telle, que le capitaine Iean d'Aune [142] & le pilote Dauid de Bruges, tous deux de la Pretenduë en rẽdirent tesmoignage auec grande approbation au sieur de Potrincourt, & ont deposé souuent depuis dans Dieppe, & autre part, qu'ils auoyent cogneu lors les Iesuites pour tout autres, qu'on ne les leur auoit figuré auparauant, sçauoir est pour gens honnestes, courtois, & de bonne conuention & conscience.