[146] Le sieur de Potrincourt appellant vn chacun de ces quatre l'vn apres l'autre leur fit recognoistre son fils pour vice-Admiral: puis leur demanda aide, remonstrant les necessités, ausquelles il auoit esté reduit l'Hyuer passé, promettant de les rembourser en France, chacun contribua. Mais Dieu pardoint aux Rochelois, car ils tromperent la Gabelle, donnant des barils de pain gasté pour du bon.

[146] Sieur de Potrincourt, calling up each one of these four vessels in succession, made them recognize his son as vice-Admiral: then he asked them for help, dwelling upon the dire necessity to which he had been reduced during the past Winter, and promising to reimburse them in France. Each one contributed. But God pardon the Rochelois, for they defrauded the Excise, giving spoiled bread for good.

Cependant que tout cecy se traffiquoit, le P. Biard [188] ouyt, que le ieune du Pont estoit à terre auec les Sauuages, que l'année prochainement passée il auoit esté faict prisonnier par le sieur de Potrincourt, d'où s'estant euadé subtilement, il auoit esté contrainct courir les bois en grande misere, & lors mesme il n'osoit aller à son nauire, de peur qu'il n'y fust saisi. Le P. Biard ouyant tous ces accidents, [147] supplia le sieur de Potrincourt d'auoir esgard aux grands merites du sieur du Pont le pere, & aux belles esperances qu'il y auoit du fils; adioustant que vrayement c'estoit bien estre malheureux, si les François courants au bout du monde pour conuertir les Sauuages, y venoyent perdre leurs propres concitoyens. Le sieur de Potrincourt se flechist à ces remonstrances, & permit audit P. Biard d'aller chercher le ieune homme auec promesse, que s'il pouuoit l'induire à venir librement, pour faire la reuerence audit sieur de Potrincourt, aucun mal ne luy seroit faict, & tout le passé seroit mis sous les pieds, & enseuely. Le Pere y alla, & fut heureux en sõ effort, car il amena ledit du Pont au sieur de Potrincourt, & paix, & reconciliation faicte, on tira le canon. Du Pont [148] en action de graces, & pour l'edification des François, & des Sauuages voulut se confesser le iour suiuant, & faire ses Pasques, car il ne les auoit point faictes de cest'année là. Aussi les fit-il auec fort bon exemple de tous, au bord de la mer, où se chantoit le seruice. Ses deuotions acheuées il supplia le sieur de Potrincourt de permettre que le P. Biard vinst disner à son nauire, ce qui luy fut accordé. Mais le pauure inuitãt ne sçauoit pas quelle desserte l'attẽdoit. Car ie ne sçay cõment son nauire luy fut saisi, & emmené. Lequel pour le faire court, luy fut rendu [190] à la sollicitation instante dudit P. Biard, qui en auoit le cœur tout transi. En quoy le sieur de Potrincourt se mõstra fort equitable. Et voulut obliger ledit Père, qui luy en sçaura gré à iamais.

While this business was going on, Father Biard learned that young du Pont was on shore, among the Savages; that the year before he had been made a prisoner by sieur de Potrincourt, and, having made his escape from him, he had been forced to roam the woods in great distress, and even then did not dare go to his ship, lest he should be caught. Father Biard, hearing all these things, [147] begged sieur de Potrincourt to have some consideration for the great merits of sieur du Pont, the father, and to think of the high hopes he had entertained for his son: adding that it would indeed be a great misfortune, if the French, in running to the ends of the earth to convert the Savages, should happen to lose their own citizens there. Sieur de Potrincourt yielded to his remonstrances, and permitted Father Biard to go in search of this young man, with the promise that, if he could induce him to come freely and acknowledge the authority of the said sieur de Potrincourt, no harm would be done to him, and all the past would be put under foot and buried. The Father departed, and was successful in his efforts, for he brought du Pont to sieur de Potrincourt, and after peace and reconciliation were effected, they fired off the cannon. Du Pont, [148] as an act of thanksgiving, and for the edification of the French and Savages, wished to confess on the following day, and to receive his Easter Sacrament, for he had not done so that year. Accordingly, he performed these duties, to the great edification of all, on the shore of the sea, where the service was sung. His devotions finished, he begged sieur de Potrincourt to allow Father Biard to come and dine with him upon his ship, and his request was granted. But the poor host did not know what dessert was awaiting him, for somehow his ship had been seized and taken away; and, to make the story short, it was given back to him at the earnest solicitation of Father Biard, whose heart was very heavy over this mishap. At this time sieur de Potrincourt showed how very just he was, by trying to oblige the said Father, who will always be grateful to him for it.


[149] CHAPITRE XVI. [i.e., xv.]

LE RETOUR DU SIEUR DE POTRINCOURT EN FRANCE, & LA DIFFICULTÉ D'APPRENDRE LA LANGUE DES SAUUAGES.

[192] NOVS auons expliqué cy deuant la necessité, laquelle pressoit le sieur de Potrincourt de renuoyer tost ses gẽs en Frãce. Or ie voulut les reconduire luy mesme en personne, à fin de plus efficacement donner ordre à toutes choses, & principalement à vn prochain rauitaillement: car sans iceluy ceux, qu'il delaissoit à Port Royal, estoyent sans moyen de passer l'Hyuer, en manifeste danger d'estre troussés par la famine. Pour ceste cause donc il partit enuiron la my-Iuillet de la mesme annee 1611. & arriua en France sur la fin du mois d'Auost prochain [150] suiuãt: il laissa son fils en sa place, le sieur de Biencourt auec vingt & deux personnes, en contant les deux Iesuites, lesquels voyants que pour la conuersion de Payens la langue du païs leur estoit totalement necessaire, se resolurent d'y vaquer en toute diligence. Mais on ne sçauroit croire les grandes difficulés, qu'ils y rencontrerent: parce principalement, qu'ils n'auoyent aucuns interpretes, ni maistres. Le sieur de Biẽcourt, & quelques autres y sçauoyẽt bien quelque peu, & assez pour la trocque, & affaires communes; mais quand il estoit questiõ de parler de Dieu, & des affaires de religion; là estoit le saut, là le cap-nõ. Partant ils estoyent contraints d'apprendre le lãgage d'eux mesmes, s'enquestãts [194] des sauuages comme il appelloyẽt chasque chose. Et la besongne n'ẽ estoit point fort penible, tandis [151] que ce qu'on demandoit se pouuoit toucher ou monstrer à l'œil; vne pierre, vne riuiere, vne maison; frapper, sauter, rire, s'asseoir. Mais aux actions interieures, & spirituelles, qui ne peuuent se demonstrer aux sens, & aux mots, qu'on appelle abstracts, & vniuersels; comme croire, douter, esperer, discourir, apprehender, vn animal, vn corps, vne substance, vn esprit, vertu, vice, peché, raison, iustice, &c. En cela il falloit ahanner, & suer, là estoyent les tranchées de leur enfantemẽt. Ils ne sçauoyent par quel endroit le prendre, & si en tentoyent plus de cent; il n'y auoit geste, qui exprimast suffisamment leur conception, & si ils en employoyent dix mille. Cependant nos messers de Sauuages à fin de se donner du passetemps, se mocquoyent liberalement d'eux; tousiours quelque [152] sornette. Et à fin que la mocquerie fust encores profitable, si vous auiés vostre papier, & plume pour escrire, il falloit qu'ils eussent deuant eux le plat remply, & la seruiette dessous. Car a tel trepier se rendent les bons oracles: hors de là, & Apollon & Mercure leur defaillent: encores se faschoyent-ils, & s'en alloyent quãd on les vouloit retenir vn peu long temps. Qu'eussiez vous faict là dessus? Car de vray ce trauail ne peut estre apprehendé, que par ceux, qui l'experimentent. En apres comme ces Sauuages n'ont ny Religion formée, ny police, ny villes, ny artifices, les mots aussi, & les paroles propres à tout cela leur manquent; Sainct, Bien-heureux, Ange, Grace, Mystere, Sacrement, Tentation, Foy, Loy, Prudence, Subiection, Gouuernement, &c. D'où recouurerés [153] vous tout cela [196] qui leur manque? Ou cõme vous en passerez vous? O Dieu que nous deuisons bien à nostr'aise en France. Et le beau estoit, qu'après qu'on s'estoit rompu le cerueau à force de demandes, & recherches, comme lon se pensoit en fin d'auoir bien rencõtré la pierre philosophale; on trouuoit neantmoins puis apres, que lon auoit pris le phantosme pour le corps, & l'ombre pour le solide: & que tout ce precieux Elixir s'en alloit en fumée. Souuent on s'estoit mocqué de nous au lieu de nous enseigner, & aucunesfois on nous auoit supposé des paroles des-honnestes, que nous allions innocemment preschotãt pour belles sentences de l'Euangile. Dieu sçait, qui estoyent les suggesteurs de tels sacrileges.

[149] CHAPTER XVI. [i.e., xv.]

SIEUR DE POTRINCOURT'S RETURN TO FRANCE, AND THE DIFFICULTY OF LEARNING THE LANGUAGE OF THE SAVAGES.