The rye has succeeded well for two years. We planted some as an experiment, and it is very fine.
L'orge peut aussy réussir. Reste pour le froment: nous en avons semé à l'automne en divers temps; il s'en est perdu en quelque endroit soubs les neiges; en un autre endroit il s'est si bien conservé qu'on ne voit point en France de plus beau bled. Nous ne sçavons pas bien encor le temps qu'il faut prendre pour semer devant l'hiver; la famille qui est icy a toujours semé du bled marsais, qui meurit fort bien en sa terre. Nous en avons semé un peu cette année; nous verrons s'il meurira. Voila les qualités du sol où nous sommes.
Barley succeeds also. There remains the wheat; we sowed some in the autumn, at different times; in some places it was lost under the snow, in others it was so well preserved that no finer wheat can be seen in France. We do not yet know very well which time it is best to take before winter to put in the seed; the family living here has always sown spring wheat, which ripens nicely in their soil. We sowed a little of it this year, and will see whether it ripens. So these are the qualities of our soil.
Je rapporte tout cecy, pour ce que M. de Lauson [149] nous mandoit que nous transportassions nos gens aux Trois-Rivières, où l'on va faire une nouvelle habitation, disant que tout meuriroit mieux en ce quartier là. On a esté bien en branle s'il le falloit faire; du moins on y vouloit envoyer trois ou quatre hommes. J'ay toujours creu qu'il ne falloit point diviser nos forces, et qu'il falloit faire réussir une maison, qui fût par après le soutien des autres; qu'il falloit voir le bien devant que d'y rien entreprendre. Enfin ceux qui sont passés les premiers mandent que la terre y est fort sabloneuse; que tous y meurira mieux pour un temps, mais que ce sol sera bien tost las. Je m'en vay demeurer là, comme j'ay dit, avec le P. Buteux; nous verrons ce qui en est. Quand la terre seroit très-bonne, je ne serois pas d'advis qu'on quittast le soin de cette maison où nous sommes: c'est l'abord des vaisseaux; ce doit estre le magasin, le lieu de refuge; la comodité pour le bestial, à cause des prairies, [78] y est grande; pour les farines, au pis aller on peut avoir des seigles, mais j'espère qu'on aura aussy de bon froment, et que le temps enseignera quand il le faut semer; si le bled marsais meurit, le fourment, le seigle et l'orge viendront icy fort bien. Tirons quelques conclusions de ce qu'il faut faire.
I report all this because M. de Lauson [149] wrote to us that we should transport our people to Three Rivers, where they were going to make a new settlement, saying that everything would ripen better in that quarter. There was much hesitation as to whether it should be done; at least they wanted us to send three or four men there. I have always thought that our forces should not be divided, and that one house should be made successful, which might afterward be the support of the others; for it is necessary to see some result before undertaking anything else. In fact, those who went there first send word that the soil is very sandy, and that all would mature better for a time; but that this soil will soon be exhausted. I am going to live there, as I have said, with Father Buteux; we shall see what there is in it. Even if the soil is very good, I do not think that the care of this house, where we are, should be given up: it is the landing place of the ships, it ought to be the storehouse, or place of refuge; the advantages for raising cattle here, on account of the meadows, are great. As to the cereals, if the worst comes to the worst, we have oats, but I hope that we shall also have good wheat, and that time will show us when it ought to be sown; if the spring grains ripen, wheat, oats, and barley will be produced here very well. From this, let us draw some conclusions as to what should be done.
Primo, il se faut bastir pour nous loger, et les animaux et les bleds.
First, we must build some place where we ourselves can stay, and can keep our animals and crops.
[150] Secundo, il faut semer maintenant ce qui est nécessaire, seulement pour le bestial, et tascher, au plus tost dans peu d'années, d'avoir des lards et du beurre.
[150] Second, we must now sow what is necessary for the cattle, and try as soon as possible, in a few years, to have some pork and butter.
Tertio, estans logés, tous nos gens s'appliqueront à la terre, à défricher et cultiver, pour avoir des bleds. Voilà ce me semble l'ordre qu'il faut faire garder pour le temporel; quand on sera basty, on ne tiendra plus ny charpentiers, ny artisans, mais seulement des défricheurs et laboureurs, pour l'entretenement de la maison. On empruntera par fois du fort un artisan, donnant un homme en sa place pour le temps qu'on le tiendra.