CHAPITRE XIII.
[66] CONTENANT VN IOURNAL DES CHOSES QUI N'ONT PEU ESTRE COUCHÉES SOUS LES CHAPITRES PRECEDENS.
SI ce Chapitre estoit le premier dans ceste relation, il donneroit quelque lumiere à tous les suiuans: mais ie luy ay donné le dernier rang, pource qu'il se grossira tous les iours iusques au depart des vaisseaux, par le rencontre des choses plus remarquables qui pourront arriuer, n'estant qu'vn memoire en forme de Iournal, de tout ce qui n'a peu estre logé dans les Chapitres precedens.
CHAPTER XIII.
CONTAINING A JOURNAL OF THINGS WHICH COULD NOT BE SET FORTH IN THE PRECEDING CHAPTERS.
IF this Chapter were the first in this relation, it would throw some light upon all the following ones; but I have given it the last place, because it will continue to increase every day until the departure of the ships, through the occurrence of more noteworthy events which may happen. It is only a memoir, in the form of a Journal, of all the things that could not be given in the preceding Chapters.
Apres le depart de nos François qui sortirent de la rade de Kebec, le 16. d'Aoust de l'an passé 1633. pour tirer à Tadoussac, & de là en France, cherchant [210] l'occasion de conuerser auec les sauuages, pour apprendre leur langue; ie me transportay delà le grand fleuue de sainct Laurens dans vne cabane de fueillages, & allois tous les iours à l'escole dans celles des sauuages, qui nous enuironnoient, alleché par l'esperance que i'auois, sinon de reduire le Renegat à son deuoir, du moins de tirer de luy quelque cognoissance de sa langue: ce miserable estoit nouuellement arriué de Tadoussac, où il s'estoit mõstré fort contraire aux François, la faim qui pressoit l'Apostat & ses freres, les fit monter à Kebec pour trouuer dequoy viure: estãs donc occupez à leur pesche, i'estois fort souuent en leur cabane, inuitant par fois le Renegat [68] de venir vne autre fois hyuerner auec nous dans nostre maisonnette, il s'y fust aysément accordé n'estoit qu'il auoit pris femme d'vne autre nation que la sienne, & qu'il ne la pouuoit pas renuoyer pour lors: voyant donc qu'il ne me pouuoit pas suiure, ie luy iettay quelque propos de passer l'hyuer auec luy, mais sur ces entrefaictes vne furieuse tempeste nous ayant battu en ruine certaine nuict, le [211] Pere de Noüe, deux de nos hommes, & moy, dans nostre cabane, ie fus saisy d'vne grosse fiéure, qui me fit chercher nostre petite maisonnette pour y trouuer la santé.
After the departure of our French,—who left the roadstead of Kebec on the 16th of August of last year, 1633, to sail for Tadoussac and thence to France,—in order to have [210] opportunity of conversing with the savages, and thus learning their language, I crossed the great saint Lawrence river to a cabin of branches, and went every day to school in those of the savages, who were encamped around me,—allured by my hopes, if not of bringing the Renegade to a sense of his duty, at least of drawing from him some knowledge of the language. This poor wretch had newly arrived from Tadoussac, where he had shown great repugnance to the French. The famine which afflicted this Apostate and his brothers caused them to come up to Kebec in search of food. Now, as they were occupied in fishing, I was very often in their cabin, and occasionally invited the Renegade to come again and pass the winter with us in our little house. He would very readily have agreed to this, had he not taken a wife from another nation than his own, and he could not send her away then. Therefore, seeing that he could not follow me, I threw out some hints about passing the winter with him; but during these negotiations, a furious tempest having one night swept down upon us, [211] Father de Noüe, two of our men, and myself, in our cabin, I was seized with a violent fever, which made me go back to our little home to recover my health.
L'Apostat ayant veu mon inclination traicta de mon dessein auec ses freres, il en auoit trois, l'vn nommé Carigonan, & surnommé des François l'Espousée, pource qu'il fait le grand comme vne espousée, c'est le plus fameux sorcier, ou manitousiou, (c'est ainsi qu'ils appellent ces iongleurs) de tout le pays, c'est celuy dont i'ay fort parlé cy-dessus: l'autre se nómme Mestigoït, ieune homme âgé de quelque trente-cinq ou quarante ans, braue Chasseur, & d'vn bon naturel: le troisiesme se nommoit Sasousinat, c'est le plus heureux de tous: car il est maintenant au Ciel, estãt mort bon Chrestien, comme ie l'ay fait voir au Chapitre second. Le sorcier ayant appris du Renegat que ie voulois hyuerner auec les Sauuages, me vint voir sur la fin de ma maladie, & m'inuita de prendre sa cabane, me donnant pour raison qu'il aymoit les bons, pource qu'il estoit bon, qu'il auoit [212] tousiours esté bon dés sa tendre ieunesse: il me demanda si Iesus ne m'auoit parlé de la maladie qui le trauailloit: viens, me disoit-il, auec moy, & tu me feras viure maintenant: ie suis en danger de mourir: [70] or comme ie le cognoissois comme vn homme tres-impudent, ie l'éconduy le plus doucement qu'il me fut possible, & tirant à part l'Apostat, qui taschoit de m'auoir de son costé, ayant tesmoigné au Pere de Noüe quelque desir de retourner à Dieu, ie luy dy que i'hyuernerois volontiers auec luy, & auec son frere Mestigoït, à condition que nous n'irions point de la le grand fleuue, que le sorcier ne seroit point en nostre compagnie, & que luy qui entend bien la langue Françoise m'enseigneroit: ils m'accorderent tous deux ces trois conditions, mais ils n'en tindrent pas vne.