Mais cela ne devait pas durer bien longtemps. Elle redevint peu à peu silencieuse, et ses profonds soupirs ne prouvèrent que trop que l’oubli du triste passé n’était qu’à la surfaçe; ses manières taciturnes et les manifestations d’une secrète inquiétude commençaient même à troubler mes parents, et mon père essaya par beaucoup de bonté à la persuader d’accepter les épreuves de sa vie comme venant de Dieu. Elle pleura beaucoup et s’efforça de se gagner un peu de calme, mais sans fruit.

Un beau jour elle vint trouver mon père et lui dit: “Mon cher maître, aidez-moi a exécuter mon projet, et surtout n’essayez pas de m’en dissuader. Je suis décidée à aller à la recherche de mon mari; je sais qu’il a besoin de moi, il m’appelle, et je vais partir. Procurez-moi les papiers et certificats nècessaires à cette entreprise, afin que je ne sois pas inquiétée par le police. J’irai où mes pieds me conduiront, je ne sais où je le retrouverai, mais je sais que je le reverrai. Je marcherai de jour, et de nuit je me logerai dans une auberge ou une ferme, et je vous donnerai de mes nouvelles.”

Mon père voyait qu’il ne pouvait ébranler sa résolution, fit ce qu’elle lui demanda, pourvoyant tant que possible aux besoins de la route, et c’est le coeur gros de sinistres présages que mes parents virent partir leur bonne et fidèle servante. Quand je lui dis: “Tu ne nous aimes donc plus, puisque tu pars?” elle m’embrassa en pleurant, et dit, “Je reviendrai!” Il y avait alors vingt ans depuis la disparition de son mari, pendant lesquel elle avait soigneusement entretenu son ménage dans une petite maison qui lui, appartenait.

Elle partit donc, ainsi qu’elle l’avait dit; marchant de jour et se reposant de nuit, se dirigeant vers la Prusse.

Elle fut absente sans que nous eussions de ses nouvelles pendant au-delà d’un mois quand un jour le facteur apporte une lettre à mon père de la part d’un collègue inconnu d’un village de la Prusse, qui lui dit: “Une femme de respectable apparence, munie de certificats identifiant ses dires, est venue me prier de procéder à l’humation de son mari qu’elle a trouvé mort dans un bois du village voisin. L’autorité municipale a comparé les papiers trouvés dans les poches de l’inconnu et a constaté qu’ils sont en rapport avec ceux que la femme Reeb porte sur elle, et sur ce fait, et voyant que l’homme était mort sans violence, a laissé ses restes à elle qui se dit sa veuve et qui lui a rendu les derniers honneurs au cimetière de notre village.”

Inutile de décrire la surprise de mes parents à la reception de cette lettre, qui fut bientôt suivie par le retour de Catherine. Elle compléta le récit du pasteur en disant qu’un matin en sortant de ce village, elle alla trouver un petit bois, quand elle vit au bord du chemin un homme étendu mort, mais qui venait seulement de cesser de vivre. Elle le regarda, l’examina et reconnut son mari; il lui parut évident qu’il faisait son retour vers la patrie et elle, mais que la mort l’avait surpris en route. Catherine fut bien plus calme après ces événements, mais ses forces déclinèrent et dans la même année on creusa pour elle une tombe au cimetière de Hambach. Elle n’avait plus de famille que celle qu’elle avait si fidèlement servie, et les larmes de deux jeunes enfants prouvèrent que quoique abandonnée elle avait été aimée.


NOTES.

(1) THE FAIRIES OF CARAGONAN.