II.—LES POPPOT.

JANE POPPOT se promenait sur le Boulevard des Saloperies par une belle matinée d'août. En cheveux, panier sur le bras, elle allait acheter de la charcuterie pour le déjeuner de son mari, oui, son mari pour de bon, chose unique dans la famille OGWASH, un vrai mariage à la Mairie et à l'église. Cette petite blonde, JANE, a ses idées à elle de se ranger, de vivre en honnête femme avec son respectable JEAN POPPOT qui l'adore, au point de lui pardonner tout le volume premier de son histoire.

Il n'y a pas dans tout Paris ménage plus gentil que le petit appartement au septième des POPPOT dans une cité ouvrière de ce Betnal Grin Parisien. Tout va bien avec ces braves gens. Lui, c'est le Steeple-Jack de Paris, où il fait les réparations de tous les toits. Elle, blanchisseuse de fin, a développé un secret dans la façon d'empeser les plastrons de chemises. Elle fait des plastrons monumentaux, luisants, dur comme l'albâtre. Elle a des clients dans le beau monde et à l'étranger, jusqu'au Prince de BALEINES, qui lui confie ses chemises de grande toilette, celles qu'il porte au diner du Lor Maire, par exemple.

JANE achète sa charcuterie, et après elle s'arrête au coin de la rue pour regarder Paris. C'était un tic qu'elle avait, de regarder Paris. Cela tenait de la famille OGWASH. Instinct de race.

Paris, vu du hauteur des Saloperies, semble une grande marmite pleine de boue et de sang, où les gens grouillent, se tordent, s'empiffrent, se dévorent, et squirment dans leur propre graisse, comme de la blanchaille sautant dans l'huile bouillante. Un nuage de sewer-gaz monte jusqu'à JANE stationnée sur la hauteur de Belleville; et dans cette brume puante elle sent l'odeur de femmes et de l'ognon, le cognac, le meurtre, le fricot, le mont de piété, les omnibus, les croquemorts, les gargotes, les bals à l'entrée libre pour dames, tout ce qu'il y a de funeste et de choquant dans cette ville infecte.

JANE s'amuse à flairer toutes ces horreurs pendant que le pauvre POPPOT danse devant le buffet en attendant l'arlequin ou le demi kilo de charcuterie assortie dans le panier de sa femme.

III.—DÉGRINGOLADE.

Elle a dégringolé. Cela a commencé tout doucement en trainant ses savates. Quand une femme dégringole elle traine ses savates. C'est une loi universelle. L'on ne dégringole pas sans trainer ses savates; l'on ne traine pas ses savates sans dégringoler. Ainsi gare aux souliers éculés. O, mais elle est changée, cette pauvre p'tite blonde! La maladie héréditaire des EGOU-OGWASH vient d'être indiquée. POPPOT, ce brave POPPOT, lui aussi il dégringole, il resemble à un réverbère sur le boulevard dont on oublie d'éteindre le gaz. Il est allumé du matin au soir.

Ça a commencé si gentiment après que ce bon Steeple-Jack était tombé du faîte de Notre Dame, où il faisait des réparations. Le pauvre homme a fait cette chute en regardant JANE, qui dansait le cancan sur la Place du Parvis pour choquer ces crétins de Cook-tourists, et pour distraire son mari. C'était pendant la convalescence de POPPOT que la dégringolade a commencé. JANE lui donna un dé à coudre de vilain cognac, et de ce premier doigt de casse-poitrine à l'ivrognerie brutale n'était qu'une glissade, presque aussi rapide que la glissade de Notre Dame. POPPOT trainait ses savates; il chômait; il rigolait; il gardait le Saint Lundi; il passait des journées devant le buffet du Pétrolium, ce grand cabaret du peuple où l'on voyait distiller le trois-six pour tout le quartier.