J'ai vu, dans mon séjour à Philadelphie, un noir, appelé Jacques Derham, médecin, qui exerce dans la Nouvelle-Orleans, sur le Mississippi; et voici son histoire, telle qu'elle m'a été attestée par plusieurs médecins.--Ce noir a été élevé dans une famille de Philadelphie, où il a appris à lire, à écrire, et où on l'a instruit dans les principes du christianisme. Dans sa jeunesse, il fut vendu au feu docteur Jean Kearsley le jeune, de cette ville, qui l'employoit pour composer des médecines, et les administrer á ses malades.

A la mort du docteur Kearsley, il passa dans différentes mains, et il devint enfin l'esclave du docteur George West, chirurgien du seizième regiment d'Angleterre, sous lequel, pendant la dernière guerre en Amérique, il remplit les fonctions les moins importantes de la médecine.

A la fin de la guerre, le docteur West le vendit au Docteur Robert Dove, de la Nouvelle-Orleans, qui l'employa comme son second. Dans cette condition, il gagna si bien la confiance et l'amité de son maître, que celui-ci consentit à l'affranchir deux ou trois ans après, et à des conditions modérées.--Derham s'étoit tellement perfectionné dans la medecine, qu'à l'époque de sa liberté, il fut en état de la pratiquer avec succès à la Nouvelle-Orleans.--Il a environ 26 ans; il est marié, mais il n'a point d'enfans; la medecine lui rapporte 3000 dollars, ou 16000 l. environ par an.

J'ai causé, m'a dit le docteur Wistar, avec lui sur les maladies aiguës et épidémiques du pays où il vit, et je l'ai trouve bien versé dans la méthode simple, usitée par les modernes pour le traitement de ces maladies.--Je croyois pouvoir lui indiquer de nouveaux remèdes; mais ce fut lui qui me les indiqua.--Il est modeste, et a des manières très-engageantes; il parle francois avec facilité et a quelques connoisances de l'espagnol. -- Qoique né dans une famille religieuse, on avoit, par accident, oublié de le faire baptiser. En conséquence, il s'est adressé au docteur Withe pour recevoir le baptême; il le lui a conféré, apres l'en avoir jugé digne, non-seulement par ses connoisances, mais par son excellente conduite.

Voice l'autre fait, tel qu'il m'a été attesté, et imprimé par le docteur Rush,[5] célèbre médecin et auteur, établi à Philadelphie et plusieurs détails m'en ont été confirmés par l'épouse de l'immortel Washington, dans le voisinage duquel ce nègre est depuis longtemps.

Son nom est Thomas Fuller; il est né en Afrique, et ne sait ni lire ni écrire; il a maintenant soixante-dix ans, et a vécu toute sa vie sur la plantation de Mme Cox, a quatre milles d'Alexandrie. Deux habitans respectables de Pensylvanie, MM. Hartshom et Samuel Coates, qui voyageoient en Virginie, ayant appris la facilité singuliere que ce noir avoit pour les calculus les plus compliques, l'envoyèrent chercher, et lui firent differentes questions.

Première. Etant interrogé, combien de secondes il y avoit dans une année et demie, il repondit en deux minutes, 47,304,000, en comptant 365 jours dans l'année.

Deuxième. Combien de secondes auroit vécu un homme âgé de soix-ante-dix ans dix-sept jours et douze heures? Il répondit dans une minute et demie, 2,210,500,800.

Un des Americains qui l'interrogeoit et qui vérifioit ses calculs avec la plume, lui dit qu'il se trompoit, que la somme n'étoit pas si considerable; et cela étoit vrai: c'est qu'il n'avoit pas fait attention aux années bissextiles; il corrigea le calcul avec la plus grande célérité.

Autre question. Supposez un laboureur qui a six truies, et que chaque truie en met bas six autres la première année, et qu'elles multiplient dans la même proportion jusqu'à, l' fin de la huitème année: combien alors de truies aura le laboureur, s'il n'en perd aucune? Le vieillard répondit en dix minutes, 34,588,806.