Ces sociétés bienfaisantes s'occupent maintenant de nouveaux prospects pour consommer leur oeuvre de justice et d'humanité; elles s'occupent à creer de nouvelles sociétés dans les états qui n'en out point; c'est ainsi qu'il vient de s'en élever une dans l'état de Delaware.--Elles forment de nouveaux projets pour décourager l'esclavage et le commerce des esclaves.--Cest ainsi que, pour arrêter les ventes scandaleuses qui s'en font encore dans New Yorck,[7] à des enchères publiques, tous les membres se sont engagés à ne jamais employer l'officier public, l'huissier-priseur qui présideroit à de pareilles ventes. Mais c'est sur-tout à sauver des mains de la cupidité des esclaves, qu'elle voudroit et ne doit pas retenir, que la société de Philadelphie est ingénieuse.--Un esclave est-il maltraité, il trouve dans elle une protection assurée et gratuite.--Un autre a fini son temps, et est toujours détenu; elle reclame ses droits.--Des étrangers amènent des noirs, et ne satisfont pas à la loi; la société en procure le benefice à ces malheureux nègres.--Un des plus célèbres avocats de Philadelphie, dont j'aime à vanter les talents et l'amitié qui nous unit, M. Myers Fisher, lui prête son ministère, presque toujours avec succès, et tojours avec désintéressement. Cette société s'est apperçue que de nombreuses assemblées, n'avoient pas d'action, parce que le mouvement se perdoit en se divisant en trop de membres; elle a créé plusiers comités, toujours en activite; elle sollicite des créations semblables dans tous les états; afin que par-tout les loix sur l'abolition de la traite et sur l'affranchissement soient executées; afin que par-tout on presente des pétitions aux legislatures, pour obtenir de nouvelles loix pour les cas non prévus. --Enfin, c'est a cette société, sand doute, que l'on devra un jour de semblables établissemens dans le midi. J. P. Brissot, (Warville). --"Nouveau Vouage dans les États-Unis de l'Amerique Septentrionale, 1788," Tome Second, 31-49.

Footnotes

[[return]]1. Les noirs maries font certainement autant d'enfans que les blancs; mais on a remarqué que dans les villes, il perissoit plus d'enfans noirs. Cette difference tient moins a leur nature qu'au défaut d'aisance et de soins, sur-tout des médecins et des chirurgiens.

[[return]]2. N'y eut-il que l'aversion des blancs pour le mariage de leurs filles avec les noirs, ce seul sentiment suffiroit pour avilir ces deniers. Cependant il y a quelques exemples de ces mariages.

Il existe a Pittsbourg sur l'Ohio une blanche d'origine françoise, menée a Londres, et enlevée, à l'âge de douze ans, par des corsaires qui faisoient métier d'enlever des enfans, et de les vendre en Amerique pour un temps fixé de leur travail.--Des circonstances singulieres l'engagèrent à épouser un nègre qui lui acheta sa liberté, et qui la tira des mains d'un blanc, maître barbare et libi-dineux, qui avoit tout employé pour la desuire.--Une mulâtresse, sortie de cette union, a épousé un chirurgien de Nantes, établi à Pittsburg.--Cette famille est une des plus respectables de cette ville; le nègre fait un très bon commerce, et la maîtresse se fait un devoir d'accueillir et de bien traiter les étrangers, et sur tout les François que le hasard amène de ce côté.

Mais on n'a point d'idée d'une pareille union dans le nord; elle revolteroit.--Dans les etablissemens, le long de l'Ohio il y a bien des négresses qui vivent avec des blancs non mariés.--Cependant on m'assura que cette union est regardée de mauvais oeil par les nègres mêmes. Si une négresse a une-querelle avec une mulâtresse, elle lui reproche d'être d'un sang mêlé.

[[return]]3. Le docteur Rush, qui a été portée de traiter ces noirs, m'a communiqué une observation bien importante, et qui prouve combien l'énergie morale et intellectuelle d'un individu influe sur sa santé et son état physique. Il m'a dit qu'il étoit bien plus difficile de traiter et de guérir ces noirs esclaves que les blancs; qu'ils résistoient bien moins aux maladies violentes ou longues. C'est qu'ils tiennent pen par l'âme à la vie: la vitalité ou le ressort de la vie est presque nul dans eux.

[[return]]4. J'ai deja plusieurs fois refuté cette opinion et sur-tout dans mon Examen critique des voyages de M. Chatellux. Elle a d'alleurs été détruite dans une foule d'excellens ouvrages.

[[return]]5. Ce médecin est aussi célèbre en Amerique, par de bons écrits politiques. C'est un apôtre infatigable de la liberté.

[[return]]6. Il n'étoit pas alors président des Etats-Unis. J'anticipe ici sur plusieurs conversations que j'ai eues avec ce grand homme, et dont je parlerai par la suite.