(5.)
tortone midi le 27 prarial.
A Josephine
Ma vie est un cochemar perpetuel un presentiment funeste m empeche de respirer. je ne vis plus j'ai perdu plus que la vie plus que le bonheur plus que le repos je suis presque sans espoir. je t expedie un courrier. il ne restera que 4 heure a paris et puis m aportera ta reponse—ecris moi 10 pages cela seul peut me consoler un peu—tu es malade, tu m aime, je t ai affligé, tu es grosse et je te ne vois pas! cett idée me confond. j'ai tant de tord avec toi que je ne sais comment les expier je t accuse de rester a paris et tu y etois malade—pardonne moi ma bonne amie l amour que tu m a inspiré m a ote la raison je ne la retrouverai jamais l'on ne guerit pas de ce mal la. mes presentimens sont si funestes que je me bornerois a te voir te presser 2 heures contre mon cœur et mourir ensemble! qu est ce qui a soin de toi. j'imagine que tu a fait appeller hortense j aime mille fois plus cet aimable enfant depuis que je pense qu'elle peut te consoler un peu quand a moi point de consolation point de repos, point d espoir jusqu 'a ce que j' ai reçu le courrier que je t expedie et que par une longue lettre tu m explique ce que c est que maladie et jusqu' a quel point elle doit etre serieuse—si elle est dangereuse, je t en previens je pars de suite pour paris. mon arrivé vaudra ta maladie. J'ai ete toujours heureux. jamais mon sort n a resiste a ma volonte et aujourdhui je suis frappe dans ce qui me touche uniquement. Josephine comment peut tu rester tant de tems sans m ecrire—ta derniere lettre laconique est du 3 du mois encore est elle affligante pour moi je l ai cependant toujours dans ma poche—ton portrait et tes lettres sont sans cesse devant mes yeux.
je ne suis rien sans toi je concois a peine comment j ai existe sans te connoitre ah! Josephine si tu eusse connu mon cœur serois tu rester depuis le 29 au 16 pour partir? aurois tu prete l oreil a des amis perfides qui vouloient peutetre te tenir eloignée de moi? je l avoue* tout le monde, j en veux a tout ce qui t entourre je te calculois partie depuis le 5 et le 15 arrivé a Milan.
josephine si tu m 'aime si tu crois que tout depend de ta conservation, ménage toi, je n ose pas te dire de ne pas entreprendre un voyage si long et dans les chaleurs a moins si tu es dans le cas de fair la route va a petites journées ecris moi a toutes les couchés et expedie moi d avance tes lettres.
toutes mes pensées sont concentrées dans ton alcove dans ton lit sur ton cœur ta maladie voyla ce qui m occupe la nuit et le jour—sans apetit, sans someil, sans interet pour l amitie, pour la gloire, pour la patrie, toi, toi et le reste du monde n existe pas plus pour moi que s il etoit anneanti je tiens a l honneur puisque tu y tiens, a la victoire puisque cela te fait plaisir sans quoi j aurois tout quitte pour me rendre a tes pieds.
quelquefois je me dis je m allarme sans raison deja elle est guerie elle part elle est partie, elle est peutetre deja a lion—vaine imagination—tu es dans ton lit souffrante, plus belle, plus interessante plus adorable tu es palle et tes yeux sont plus languissans mais quand sera tu guerie? si un de nous deux devoit etre malade ne doit il pas etre moi, plus robuste et plus courageux jeusse suporte la maladie plus facilement la destinée est cruelle elle me frappe dans toi.
ce qui me console quelque fois c est de penser qu il depend du sort de te rende malade mais qu il ne depend de personne de m obliger a te survivre.
dans ta lettre ma bonne amie aie soin de me dire que tu est convaincue que je t aime au dela de ce qu il est possible d imaginer, que tu es persuade que tous mes instans te sont consacrés que jamais il ne se passe une heure sans penser à toi, que jamais il ne m est venu dans l idée de penser a une autre femme qu elles sont toutes a mes yeux sans grace sans beauté et sans esprit que toi toi toute entière telle que je te vois telle que tu est pouvoit me plaire et absorber toutes les facultes de mon ame que tu en a touché toute l etendue que mon cœur n a point de replis que tu ne voye, point de pensées qui ne te sont subordonnes, que mes forces mes bras mon esprit sont tout a toi, que mon ame est dans ton corps, et que le jour ou tu aurois change ou ou tu cesserois de vivre seroit celui de ma mort, que la nature, la terre n est belle a mes yeux que parceque tu l habite—si tu ne crois pas tout cela si ton ame n'en est pas convaincue penetree, tu m afflige, tu ne m aime pas—il est un fluide magnetique entre les personnes qui s aiment——tu sais bien que jamais je ne pourrois te voir un amant encore moins t en offrir un, lui dechirois le cœur et le voir seroit pour moi la meme chose et puis si je † porter la main sur ta personne sacrée—non je ne l'oserai jamais mais je sorterois d une vie ou ce qui existe de plus vertueuse m auroit trompé.