1ere Observation.—La bataille de Medina del Rio Secco a mis les affaires de l’armée dans la meilleure situation. Le maréchal Bessières ne donne plus aucune inquiétude, et toutes les sollicitudes doivent se tourner du côté du général Dupont.

2de Observation.—Dans la position actuelle des affaires, l’armée Française occupe le centre; l’ennemi, un grand nombre de points de la circonférence.

3me Observation.—Dans une guerre de cette nature, il faut du sang froid, de la patience, et du calcul; et il ne faut pas épuiser les troupes en fausses marches et contremarches; il ne faut pas croire, quand on a fait une fausse marche de trois à quatre jours, qu’on l’aie réparé par une contremarche: c’est ordinairement deux fautes au lieu d’une.

4me Observation.—Toutes les opérations de l’armée ont réussies jusqu’à cette heure, autant qu’elles devaient réussir. Le général Dupont s’est maintenu au-delà des montagnes, et dans le bassin de l’Andalousie; trois fois il a défait les insurgés. Le maréchal Moncey a défait les insurgés à Valence; il n’a pas pu prendre la ville, ce qui est une chose qui n’est pas extraordinaire. Peut-être eût-on pu désirer qu’il eût pu se camper à une journée de la ville, comme a fait le général Dupont; mais, enfin, qu’il soit à une journée ou à cinq, comme à Saint Clément, la différence n’est pas très grande. En Arragon, on a battu sur tous les points, et dans toutes les circonstances, l’ennemi, et porté le découragement partout. Saragosse n’a pas été pris; il est aujourd’hui cerné; et une ville de 40 à 50 mille âmes, défendue par une mouvement populaire, ne se prend qu’avec du tems et de la patience. Les histoires des guerres sont pleins des catastrophes des plus considérables pour avoir brusqué et s’être enfourré dans les rues étroites des villes. L’exemple de Buenos Ayres, et des 12 milles Anglais d’élite qui y ont péri, en est une preuve.

5me Observation.—Ainsi la position de l’armée est bonne, le maréchal Moncey étant à Saint Clément, ou environs, et les généraux Gobert et Vedel réunis au général Dupont en Andalousie; ce serait une faute, à moins d’incidents et d’un emploie immédiat, à donner à ces troupes dans un autre point, que de concentrer toutes les troupes trop près de Madrid. L’incertitude des événemens du maréchal Bessières, et les 25 chances qu’il avoit contre lui sur cent, pouvaient déterminer à faire arrêter la marche de toutes les troupes qui s’éloignaient de la capitale, afin que les colonnes pussent être rappellés à Madrid si le maréchal Bessières était battu, et pussent arriver dans cette ville avant l’ennemi; mais ce serait une faute si on eut fait retrograder ces colonnes, et si on eut agi comme si le maréchal Bessières avait été battu, lorsque quelques jours avant on agissait comme si l’armée de Galice n’existait pas. 500 chevaux et 1800 hommes d’infanterie dirigés sur Valladolid étaient tous ce qu’il fallait. Si cette colonne était partie trois jours plutôt, elle y serait arrivé le 15. Le maréchal Bessières a été vainqueur, et avait pour être vainqueur 75 chances contre 25; mais la fatigue qu’on a donné à l’armée, et les mouvemens rétrogrades qu’on a ordonné inutilement, puisque même le maréchal Bessières battu, on avait 8 à 10 jours pour réunir l’armée, ont fait un mal moral et physique. Il faut espérer que la nouvelle de la victoire arrivée à tems aura mis l’état major à même d’arrêter toute mouvement sur Madrid, et que chaque colonne se trouvera plus près du point où elle doit se trouver.

6me Observation.—Dans la situation actuelle des affaires, le plus important de tous est le général Dupont. On doit lui envoyer le reste de la division Gobert, et employer d’autres troupes pour maintenir la communication; il faut tenir la tête de la division du maréchal Moncey, sur Saint Clement, et menacer toujours la province de Valence. Si le maréchal Bessières a battu sans effort, et avec peu de perte, l’armée de Galice, et a eu moins de huit milles hommes engagés, il n’y a pas de doute qu’avec 20 milles le général Dupont ne culbute tout ce qu’il a devant lui.

7me Observation.—La brigade du général Rey rend à l’armée plus qu’elle n’a perdu par le détachement qui a été fait sur Valladolid. Toutes les probabilitées humaines sont que le maréchal Bessières n’a plus besoin d’aucun renfort, du moins pour être maître de toute la Castille et du royaume de Léon. Ce n’est que lorsqu’on aura reçu la nouvelle de ce qu’il aura fait à Bénévent et à Léon qu’on pourra décider s’il doit attaquer la Galice.

8me Observation.—Le général Verdier, en Arragon, a cerné Saragosse: le 14eme et le 44eme de ligne partent demain pour s’y rendre. Les partis Français vont jusqu’à moitié chemin de Lerida, de Barbastro, et de Jaca. Dans dix jours toute l’artillerie sera arrivée. Cette belle et bonne brigade de troupes de ligne porte à près de quinze mille hommes l’armée du général Verdier. Il est probable que Saragosse tombera bientôt, et que les deux tiers de ces 15 milles hommes deviendrons disposibles.

9eme Observation.—Ainsi le corps du maréchal Bessières a pris l’offensive, il est depuis sa victoire renforcé de la brigade Lefebre et de la brigade Gaulois; il est donc dans le cas de conserver l’offensive. Le corps du général Verdier en Arragon a battu partout les insurgés, a cerné la ville avec des forces beaucoup moindres; il vient d’être considérablement renforcé; ainsi il peut donner une nouvelle activité aux opérations du siège, et conserver son activité offensive sur les deux rives de l’Ebre. Le corps de Catalogne a joliment agi, ayant pour point d’appui Barcelonne, l’ajonction sera faite aujourd’hui ou demain devant Géronne, avec le génl Reille.

10eme Observation.—Voilà pour les trois corps d’armée situés du côté de la France. La communication de Madrid avec la France est important sous tous les points de vue. Il faut donc que les colonnes qui viennent d’être organisées à Burgos et à Vittoria et qui seront journellement renforcées et augmentées, soient laissées dans ces stations.