Note sur la Situation actuelle de l’Espagne.
Rochefort, le Août, 1808.
1º. Les événemens inattendus du général Dupont sont une preuve de plus que le succès de la guerre dépend de la prudence, de la bonne conduite, et de l’expérience du général.
2º. A la seule lecture du rapport du colonel d’Affry, on avoit diviné tous les événemens; après une perte aussi considérable, on ne peut être surpris que le roi et les généraux jugent convenable de concentrer l’armée et d’évacuer Madrid.
En examinant avec attention, non les rapports mensongers des individus qui parlent dans leur sens, mais les faits tels qu’ils se sont passés, on est convaincu: premièrement, que le général Castaños n’avoit pas plus de vingt-cinq mille hommes de troupe de ligne et de quinze mille paysans; un jour on sera à même de vérifier ce qui sera avancé ici. Secondement, que si le général Dupont les eut attaqués ou se fût battû; avec tout son corps réuni, il les eut complettement défaits.
3º. On pense qu’on aura tout le tems d’évacuer les blessés de Madrid qui arrivent à Aranda; il faudra occuper aussi longtems qu’il sera possible les hauteurs de Buitrago, afin de donner le temps au maréchal Bessières de revenir de son mouvement de Gallice; qu’il faut réorganiser la province de Burgos, les trois Biscayes, et la province de Navarre; elle comprendront facilement que, dans ce moment plus que jamais, elles doivent rester fidèles et se bien conduire sous peine d’être traitées avec toute la rigueur de la guerre.
4º. On pense que l’armée doit être divisée en trois corps, le corps principal, ou de centre, où commande le roi, qu’on porteroit à 30,000 hommes campé à Aranda; le corps de droite, du maréchal Bessières d’environ 15 mille hommes faisant face à ce qui pourroit arriver de Gallice ou d’Estramadura, occupant Valladolid par une division, ayant une autre division intermédiaire avec le corps du centre, et une troisième division de plus sur sa droite, selon les circonstances; enfin le corps de gauche, ou d’Arragon destiné à maintenir la Navarre et le pays environnant, occupant Logrono et Tudela et liant sa droite au corps du centre, par une division qui au besoin renforceroit ce corps et devra maintenir Soria par un corps volant.
Le corps du centre, et le corps de droite doivent s’appuyer sur Burgos et le corps d’Arragon doit avoir son appui sur Pampelune.
5º. Pour organiser le corps du centre dans ce bût, on croit qu’on doit le renforcer de la brigade du 14me et 44me de ligne, 200 chevaux et 8 pièces de canon, qu’on tireroit du corps devant Saragosse; de la brigade du général Mouton composée du 4me legère, 15me legère, du bataillon de Paris, et de huit pièces de canon; de la brigade commandée par le maréchal Ney, et qui est déjà à une marche en avant de Bayonne, composée du 43me, et du 51me de ligne, du 26me de chasseurs, et de 6 pièces de canon; enfin de 4 escadrons de marche de dragons et d’une régiment Polonais de la garde; on réuniroit le 3me bataillon aux deux premiers de tous les régimens d’infanterie, et on méleroit les jeunes soldats aux anciens.