Dans cette situation de choses, toutes les fois qu’on seroit sérieusement attaqué par l’ennemi, on pourra lui opposer le corps du roi, qui doit toujours être ensemble, et les deux tiers du corps du maréchal Bessières. Se maréchal doit toujours tenir un tiers de son corps, à une demi journée, un tiers à une journée du corps du centre, et un tiers sur la droite, suivant les circonstances, également, un tiers du corps du général Verdier doit se tenir à la gauche du roi, pour le joindre si cela étoit nécessaire, de sorte que dans un jour le roi puisse réunir 40 mille hommes.

7º. Il faut débuter par des coups d’éclât, qui rélévent le moral du soldat et qui fassent comprendre à l’habitant qu’il doit rester tranquille, un des premiers coups le plus important à porter, et qui seroit utile pour réléver l’opinion et compenser l’évacuation de Madrid, seroit que la brigade du 14me et 44me qu’on rappelle de Saragosse, aidée d’une détachement du corps du centre, soumette Soria, le désarme et le fasse rester tranquille. Attaquer et culbuter tout ce qui se présentera doit être l’instruction générale, donnée au maréchal Bessières, au maréchal Ney, et au général Verdier, de sorte qu’à une marche, ou à une marche et demie du corps François, il n’y ait aucun rassemblement d’insurgés; on est d’opinion que si l’avant garde du général Castaños s’avance sur l’Aranda et dépasse les montagnes de Buitrago il faut, avec tout ce qu’on réunira dans un jour, marcher à lui sans lui donner le tems de s’y établir sérieusement, le culbuter, le jetter au delà des montagnes, et si l’affaire est décisive, se reporter sur Madrid. L’ennemi doit essayer de déloger l’armée Françoise de cette position, par trois points, par la Gallice et l’Estramadure, par la droite d’Aranda, et enfin par les rassemblemens des provinces d’Arragon, de Valence et autres de Castille. Toutes ces combinaisons sont difficiles à l’ennemi, et si on dissipe ces rassemblemens à mesure qu’ils se formeront sur tous les points et qu’on les tienne à distance d’une ou deux marches du cantonnement François, si alternativement les François prennent l’offensive, tantôt à leur droite, en renforçant le maréchal Bessières, pendant que le centre se tiendra dans une bonne position derrière la rivière, et à l’abri de toute attaque, tantôt au centre avec le corps du roi, les deux tiers du corps de droite, et un tiers du corps de gauche, l’ennemi sera bientôt obligé à la plus grande circonspection.

8º. On auroit pu aussi conserver Madrid en renforçant le corps qui s’y trouve, du 14me et 44me de ligne, de la brigade du général Mouton, de celle du général Le Fevbre, qui en dernier lieu a été renvoyée au marshal Bessières, et enfin du renfort qu’amène le maréchal Ney. On auroit ainsi renforcé le corps de Madrid de plus de 14 mille hommes, et il est douteux que l’ennemi eut voulu se mesurer avec des forces aussi considérables et s’exposer à une perte certaine.

9º. Si de fortes raisons obligoient d’évacuer Aranda, on perdroit l’espoir de rétablir ses communications avec le Portugal. Dans le cas où un évènement quelconque porteroit à évacuer le Duero et à se concentrer sur Burgos pour se réunir là avec le maréchal Bessières, le corps du général Verdier peut communiquer par l’Ebre, et avoir toujours son mouvement isolé pour maintenir la Navarre, contenir l’Arragon, tous les rassemblemens de ce côté, et protéger la route principale.[9] Pendant cet intervalle des renforts journaliers arriveront à l’armée, jusqu’à ce qu’enfin les divisions de la grande armée qui sont en marche, soient sur les Pyrénées.

On a recommandé de tous tems le petit fort de Pancorvo. Il est nécessaire de l’occuper, même quand on ne garderoit pas la ligne de l’Ebre, c’est une vedette d’autant plus utile qu’elle domine la plaine, et seroit un obstacle si jamais l’ennemi s’en emparoit.[9]

10º. La troisième position qui se présente à l’armée, c’est la gauche à Pampelune, et la droite sur Vittoria, maintenant ainsi ses communications avec les places importantes de St. Sebastien et de Pampelune. Au reste toutes ces notes peuvent difficilement être de quelque utilité, les évènemens modifient nécessairement les dispositions, tout dépend d’ailleurs de saisir un moment.

11º. Résumé. Le premier but est de se maintenir à Madrid si cela est possible.

Le second, de maintenir ses communications avec le Portugal en occupant la ligne du Duero.

Le troisième, de conserver l’Ebre.