Je me rends demain à Ciudad Rodrigo, où toute l’armée sera réunie le 26. Le ravitaillement de la place d’Almeida est du plus haut intérêt pour les armes de S. M; et il eut été bien à désirer que les secours que j’ai en l’honneur de vous demander nous eussent été envoyés. L’ennemi parait avoir de 20 à 29 mille hommes autour de cette place. Vous dire que je n’aurai en cavalerie que 15 à 1800 hommes, et seulement 20 pièces de canon pour toute l’armée, c’est vous faire sentir, mon cher maréchal, combien votre secours m’eut été nécessaire au moins sous deux rapports, pour votre armée même et pour la tranquillité du nord de l’Espagne. Je n’ai pas ménagé mes instances auprès de vous. Si mes efforts n’étaient pas heureux; votre dévouement pour le service de l’Empereur, vous ferait certainement regretter de ne pas les avoir secondés avec les moyens que vous m’aviez fait espérer, avant que j’en eusse besoin.
(Signé.) Le Prince d’Essling.
SECTION 19.
A Monsieur le maréchal duc d’Istrie, Rodrigo, le 29 Avril, 1811.
MON CHER MARECHAL,
Vos lettres sont inconcevables. Dans celle du 20, vous me dites que vous ne pouvez me donner aucun secours. Par celle du 22, vous me dites que le 25 ou le 26 vous me joindrez partout où je serai, et que la tête de votre colonne arrivera à Salamanque le 26. Par celle que je reçois à l’instant, vous me dites, que votre cavalerie et votre artillerie se trouvent encore le 27 à une journée en arrière de Salamanque; et vous concluez que mon mouvement doit être fini; et vous me témoignez vos regrèts de n’avoir pû y coopérer. Convenez, mon cher maréchal, que si l’armée de Portugal recevait un échec, vous auriez bien des reproches à vous faire. Je vous ai demandé de l’artillerie et des attelages et encore plus positivement de la cavalerie; vous avez sous différens prétextes éludé ma demande. Toutes les troupes qui sont en Espagne, sont de la même famille. Vous êtes, jusques à ce qu’il y ait de nouveaux ordres, chargé de la défense et de l’approvisionnement des places d’Almeida et de Rodrigo. Je n’aurais pas mieux demandé que d’employer l’armée de Portugal sous me ordres à défendre ces places, à marcher au secours de l’armée du midi; mais comment puis-je le faire sans vivres?
Je compte faire mon mouvement demain matin. J’ignore quelle pourra être l’issue de ce mouvement; si ma lettre vous arrive dans la journée de demain, votre cavalerie et votre artillerie pourraient toujours se mettre en mouvement dans la nuit pour arriver après demain 1er Mai à Cabrillas. Je vous prie de faire filer sans s’arrêter le biscuit, la farine, le grain que vous n’aurez pas manqué de réunir à la suite de vos troupes. Il est instant que ces ressources comme beaucoup d’autres, arrivent à Rodrigo; cette place n’aura pas pour 15 jours de vivres. A mon départ d’ici, il faudra que des convois considerables y soient envoyés.
(Signé) Le Prince d’Essling.
SECTION 20.
A Monsieur le maréchal duc de Raguse, Paris, le 20 Avril, 1811.