“On avait apperçu le 26 de Février au matin un grand convoi partant de la baye de Cadiz, pour se diriger sur Tarifa. Ce convoi portait à peu près 6 ou 7000 hommes des troupes de débarquement, qui allait joindre celles qui étaient déjà réunies sur la Barbate et dans les environs de l’Alcala de los Gazules. Le 2 Mars à la pointe du jour, l’ennemi commença son opération sur Caza Vieja, qui fut évacué, et en même temps, il effectua vers l’embouchure de St. Petri, un passage pour faciliter l’établissement d’un pont de radeaux et d’une tête de pont. Il fit aussi débarquer des troupes dans l’Isletta del Coto, et s’occupa d’y établir deux batteries. Le 3, on fit marcher la division du général Rufin, qui prit position à moitié chemin de Puerto Real à Médina Sidonia. Celle du général Laval, s’établit en avant de Puerto Real, et le général Vilatte garda ses positions auprès de Chiclana. Ce jour on n’apperçut aucun mouvement de l’ennemi. Tous les ouvrages de la ligne étaient gardes par les garnisons qu’on avait désignées auparavant. Santa Marie fut évacué et le pont replié sur la rive gauche.
“Puerto Real était défendu par une compagnie de sapeurs, deux du 45me régiment, et par tous les réfugiés Français qu’on avoit armés.
“Le 4 Monsieur le maréchal fit attaquer à la pointe du jour l’ennemi dans sa tête de pont de Santi Petri. Cette attaque se fit par 4 compagnies du 95me régiment qui s’emparèrent de l’ouvrage, firent prisonniers 500 hommes, et enlevèrent un drapeau. Il est certain que si on eut employé dans cette opération 2 ou 3000 hommes on enlevait le pont et l’Isle de Léon. L’ennemi fut si disconcerté qu’il avait abandonné ses batteries et ses ouvrages fermés. Un pareil résultat paraissait être d’un très bon augure pour les grandes opérations. On fit partir le même jour de Médina une reconnaissance sur Casa Vieja. On reçut avis dans la nuit que cette reconnaissance n’avait rencontré personne, et que les colonnes ennemies se dirigeant sur Conil, le mouvement ne pouvait avoir pour but que d’opérer la jonction de ce corps d’armée, avec celui qui était resté dans l’île. Le 5, avant le jour, on se mit en marche de la position qu’on occupait à moitié chemin de Médina pour se porter sur Chiclana. Arrivé dans cet endroit, Monsieur le maréchal donna l’ordre au général Villatte de rassembler toute sa division vers les flèches de St. Petri, pour y maintenir l’ennemi qui y paraissait en force, pendant qu’il dirigeait sur la route de Conil, les divisions de Laval et Rufin, et le peu de cavalerie qu’il avait avec lui. Il se porta de ce côté, et ne tarda pas à rencontrer une forte colonne, qui marchait le long de la mer entre St. Petri et Conil, et se dirigeait sur le premier de ses endroits. Les troupes arrivées à portée de canon se formèrent. Le général Rufin prit la gauche pour aller occuper un mamelon où l’ennemi paraissait s’établir. Quand les deux divisions furent formées, elle se trouvèrent en présence d’une armée, beaucoup plus nombreuse qu’on ne l’avait cru d’abord. L’artillerie n’était pas encore arrivée, et celle de l’ennemi commençait à jour de toute parts. Le général Vilatte n’avait pu garder les flèches de St. Petri, qui étaient au moment d’être prises, n’étant alors défendues que par un seul bataillon du 27me d’infantrie légère.
“Cette division fut obligée de se replier et de repasser le ravin dans lequel roulent les eaux du Moulin d’Almanza. Ce mouvement empêcha le général Vilatte de se réunir aux deux autres divisions, qui n’ayant en tout que dix bataillons, essuyaient un feu terrible de la part de l’ennemi. Nos pertes devenaient d’autant plus sensible que le nombre des combattans n’était que le tiers de celui de l’ennemi. Des corps entiers se trouvaient accablés avant qu’on eut pu entamer la ligne des Anglais. Il n’y avait point de réserve. Le deux mille hommes de Médina Sidonia étaient en marche pour Conil. Il fallut penser à la retraite qui se fit en bon ordre, jusque sur les hauteurs en avant de Chiclana, où l’on fit camper une division pendant la nuit. Les Anglais firent leur jonction avec les troupes de l’île de Léon, et les Espagnols continuèrent d’occuper notre position du Moulin d’Almanza et de St Petri. Si l’ennemi voulant continuer ses opérations offensives dans la journée du 6, se fut présenté de bonne heure, il est probable que dans la situation où nous nous trouvions après la journée du 5 nous étions obligés d’évacuer le terrain jusqu’à Puerto Réal, où on aurait pris la position dont j’ai parlé plus haut, pour y livrer une seconde bataille, mais les opérations ont manqué d’ensemble. Il s’est contenté de rentrer dans l’île et pendant ce temps un très petit corps de troupes Anglaises opéraient un débarquement entre St. Marie, et la pointe de St. Catherine, qui n’eut d’autre résultat que d’enlever une batterie défendue par quinze hommes et de se promener une ou deux heures dans les rues de St. Marie. Monsieur le maréchal ne voyait aucun mouvement offensif, ordonna de rétablir les grandes communications par St. Marie, chacun rentra dans ses portes et cette mesure produisit beaucoup plus d’effet, sur l’armée et les habitans du Pays, que les dispositions qu’on auraient pu prendre.”
No. X.
EXTRACTS FROM THE CORRESPONDENCE OF CAPTAIN SQUIRES, OF THE ENGINEERS.
SECTION 1.
“March 1, 1811.