No. IV.
Lettre de M. le maréchal due de Dalmatie à M. le Ministre de la guerre à Paris.
Monsieur le Duc,
Toute communication de l’Andalousie avec la France étant interrompue et n’ayant rien réçu depuis les premiers jours de Mai; depuis un mois le roi ayant même retiré les troupes qui étoient dans la Manche et ne pouvant communiquer avec Madrid, j’entreprens de faire parvenir mes rapports à votre excellence par la voie de mer. Si le bâtiment que je fais à cet effet partir de Malaga peut arriver à Marseille, l’empereur sera plutôt instruit de ce qui se passe dans le midi de l’Espagne et de la position de son armée.
A ce sujet j’ai l’honneur d’adresser à votre excellence copie des derniers rapports que j’ai faits au roi, lesquels contiennent les représentations que j’ai cru devoir soumettre à sa majesté pour le bien du service de l’empereur, la conservation des conquêtes et l’honneur des armées impériales.
Je ne suis instruit des malheurs que l’armée de Portugal a éprouvés que par les bruits populaires et les rapports de l’ennemi; car le roi en m’écrivant le 29 Juillet de Ségovie ne m’en a donné aucun détail. Je dois donc m’imaginer que les pertes que nous avons faites en Castile sont beaucoup exagérées et j’en tire la conséquence que les affaires de l’empereur en Espagne ne sont pas aussi desespérées que le roi parait en être persuadé. Cependant sa majesté après être resté 23 jours sans m’écrire, lorsque les ennemis étoient on plein mouvement et que sa majesté se portoit avec 14,000 hommes de l’armée du centre à la rencontre du duc de Raguse qui sans l’attendre s’etoit engagé precipitamment et éprouvait une défaite; le roi dis-je en me faisant part le 29 Juillet de ses mouvemens me donna l’ordre formel d’évacuer l’Andalousie et me diriger sur Tolede, et il me dit expressément que c’est l’unique ressource qui nous reste.
Je suis loin de partager l’avis de sa majesté, je crois fermement qu’il est possible de mieux faire et que tout peut s’arranger en attendant que d’après les ordres de l’empereur V. E. ait pû mettre les armées qui sont dans le nord de l’Espagne à même de reprendre les opérations, ainsi que j’en fais la proposition à sa majesté dans les lettres dont je mets ci-joint copies. Mais mon devoir est d’obéïr et je me chargerais d’une trop grande responsibilité si j’éludais l’exécution de l’ordre formel d’évacuer que le roi m’a donné.
Je vais donc me préparer à exécuter cette disposition que je regarde comme funeste, puisqu’elle me force à livrer aux ennemis des places de guerre susceptibles d’une bonne défense tout aprovisionnées, les établissemens et un matériel d’artillerie immense et de laisser dans les hôpitaux beaucoup de malades que leur situation et le manque de transport ne permettent point d’emmener. Je ne ferai cependant mon mouvement que progressivement et je ne négligerai aucun soin pour qu’il ne reste en arrière rien de ce qui peut être utile à l’armée.
Je ne puis encore assurer que je ne ferai ce mouvement par Tolede, car du moment qu’il sera entrepris je serai suivi par 60,000 ennemis qui se joindront aux divisions que lord Wellington aura déjà portées sur le Tage. Ainsi il est possible que je me dirige par Murcie sur Valence suivant ce que j’apprendrai ou les nouveaux ordres que je recevrai du roi.