Dans cet état de choses, je ne puis dissimuler à V. E. que je regarde l’évacuation de l’Espagne au moins jusqu’à l’Ebre comme décidée du moment que le roi m’ordonna d’évacuer l’Andalousie et de me diriger sur Toléde, car il est bien certain qu’il ne sera pas possible de rester en position sur le Tage ni dans les Castilles et que dès-lors les conquêtes des armes impériales en Espagne dont l’empereur avait ordonné la conservation, sont sacrifiées.

A ce sujet je ne puis me défendre de réflechir sur d’autres évènemens qui se passent. J’ai lu dans les journaux de Cadiz, que l’ambassadeur du roi en Russie avait joint l’armée Russe, que le roi avait fait des insinuations au gouvernement insurgent de Cadiz, que la Suéde avait fait un traité avec l’Angleterre, et que le prince héréditaire avait demandé à la regence de Cadiz 250 Espagnols pour sa garde personelle. (Avant hier un parlementaire que le général Semélé avait envoyé à l’escadre Anglaise pour réclamer des prisonniers resta pendant quelques instans à bord de l’amiral, lequel lui montra une frégate, qui, dit il, est destinée a porter en Angleterre et ensuite en Suéde les 250 Espagnols que le prince Bernadotte demande pour sa garde personelle.) Enfin j’ai vu dans les mêmes journaux que Moreau et Blucher étaient arrivés à Stockholm, et que Rapatel, aide-de-camp de Moreau, était à Londres. Je ne tire aucune conséquence de tous ces faits, mais j’en serai plus attentif. Cependant j’ai cru devoir déposer mes craintes entre les mains de six généraux de l’armée, après avoir exigé d’eux le serment qu’ils ne révéleront ce que je leur ai dit qu’à l’empereur lui-même ou aux personnes que S. M. aura specialement déléguées pour en reçevoir la déclaration, si auparavant je ne puis moi-même en rendre compte. Il est pourtant de mon devoir de manifester à V. E. que je crains que le bût de toutes les fausses dispositions que l’on a prises et celui des intrigues qui ont lieu ne soient de forcer les armées impériales qui sont en Espagne à repasser au moins l’Ebre et ensuite de présenter cet évènement comme l’unique ressource (expression du roi, lettre du 20 Juillet) dans l’espérance d’en profiter par quelque arrangement.

Mes craintes sont peut-être mal fondées, mais en pareille situation il vaut mieux les pousser à l’extremité que d’être négligent, d’autant plus que ces craintes et ma sollicitude tournent au bien du service de l’empereur et à la sureté de l’armée dont le commandement m’est confié.

J’ai l’honneur de prier V. E. de vouloir bien si ma lettre lui parvient, la mettre le plutôt possible sous les yeux de l’empereur et d’assurer S. M. que moi et son armée du midi serons toujours dignes de sa suprême confiance. Je désire bien vivement que V. E. puisse me faire savoir que mes dépêches lui sont parvenues et surtout recevoir par elle les ordres de sa majesté.

J’ai l’honneur, &c.
(Signé) Dalmatie.

Seville, 12 Août, 1812.


No. V.

Sire,