[114] [Cf. above, pp. [134], [197].]
[115] [Omitted from reprint in Meaning of Truth. The review referred to is reprinted below, pp. [244-265], under the title “Humanism and Truth Once More.” Ed.]
VIII
LA NOTION DE CONSCIENCE[116]
Je voudrais vous communiquer quelques doutes qui me sont venus au sujet de la notion de Conscience qui règne dans tous nos traités de psychologie.
On définit habituellement la Psychologie comme la Science des faits de Conscience, ou des phénomènes, ou encore des états de la Conscience. Qu’on admette qu’elle se rattache à des moi personnels, ou bien qu’on la croie impersonnelle à la façon du “moi transcendental” de Kant, de la Bewusstheit ou du Bewusstsein überhaupt de nos contemporains en Allemagne, cette conscience est toujours regardée comme possédant une essence propre, absolument distincte de l’essence des choses matérielles, qu’elle a le don mystérieux de représenter et de connaître. Les faits matériels, pris dans leur matérialité, ne sont pas éprouvés, ne sont pas objets d’expérience, ne se rapportent pas. Pour qu’ils prennent la forme du système dans lequel nous nous sentons vivre, il faut qu’ils apparaissent, et ce fait d’apparaître, surajouté à leur existence brute, s’appelle la conscience que nous en avons, ou peut-être, selon l’hypothèse panpsychiste, qu’ils ont d’eux-mêmes.
Voilà ce dualisme invétéré qu’il semble impossible de chasser de notre vue du monde. Ce monde peut bien exister en soi, mais nous n’en savons rien, car pour nous il est exclusivement un objet d’expérience; et la condition indispensable à cet effet, c’est qu’il soit rapporté à des témoins, qu’il soit connu par un sujet ou par des sujets spirituels. Objet et sujet, voilà les deux jambes sans lesquelles il semble que la philosophie ne saurait faire un pas en avant.
Toutes les écoles sont d’accord là-dessus, scolastique, cartésianisme, kantisme, néo-kantisme, tous admettent le dualisme fondamental. Le positivisme ou agnosticisme de nos jours, qui se pique de relever des sciences naturelles, se donne volontiers, il est vrai, le nom de monisme. Mais ce n’est qu’un monisme verbal. Il pose une réalité inconnue, mais nous dit que cette réalité se présente toujours sous deux “aspects,” un côté conscience et un côté matière, et ces deux côtés demeurent aussi irréductibles que les attributs fondamentaux, étendue et pensée, du Dieu de Spinoza. Au fond, le monisme contemporain est du spinozisme pur.