Est-il prouvé qu'un maître ne peut nourrir ses esclaves; qu'en partant pour un voyage il ne leur a pas laissé le nefka, somme nécessaire à leur entretien, le cheikh El Blad les fait vendre[21].
[Note 21: Général Daumas et Ausone de Chancel, le Grand Désert. En note: le Code des Esclaves, 1845.]
En quelques mots enfin, la loi musulmane prescrit et définit, avec un soin scrupuleux, les formes et les conditions de vente et d'achat des esclaves; de leurs mariages, de leurs divorces, de la tutelle de leurs enfants, et les modes d'affranchissement qu'elle a faits très-nombreux. Il est même accepté en principe qu'un esclave, après dix ans de services, doit être rendu à la liberté, «parce que son travail a payé son prix.» Les bons musulmans affranchissent également celui qui sait lire dans le Coran et qui peut demander son affranchissement par écrit. Les docteurs ont donné cette interprétation à la parole de Mohamed que j'ai citée plus haut.
La loi mahométane a plus fait pour les esclaves que les traités de 1815, la suppression de la traite et l'émancipation.
J'ai sous la main bien des textes à l'appui de ce que j'avance; j'en choisirai un anglais pour qu'il soit moins suspect.
«Une fois installé dans la maison de l'acheteur, l'esclave, s'il est fidèle, est bientôt considéré comme un membre de la famille. Les plus intelligents apprennent à lire et à écrire, et acquièrent plus tard quelque teinture du Coran. Celui qui est parvenu à en lire et à en comprendre un chapitre recouvre dès ce moment sa liberté. Il en est dont l'intelligence se refuse à comprendre les principaux fondements de la religion musulmane; ceux-ci ne sont affranchis qu'au bout de huit ou dix ans. Le musulman consciencieux regarde le nègre comme un domestique. Il est remarquable que le fait de l'émancipation de l'esclave est tout à fait volontaire de la part du maître, et j'ai vu des noirs si attachés à leurs maîtres, qu'ils préféraient rester esclaves auprès d'eux plutôt que d'accepter la liberté qui leur était offerte.
«Il ne faudrait pas cependant s'imaginer que les Arabes et les Maures soient tous dans des dispositions aussi bienfaisantes à l'égard de cette race dégradée; quelques-uns, dans la classe du peuple la moins considérée, font des noirs un trafic infâme: ils les achètent et les marient pour revendre ensuite leurs enfants[22].»
[Note 22: Jackson, Voyage au Maroc.]
Ce fait, constaté par M. Léo de Laborde[23] sur les rives du Nil, et par le voyageur anglais dans le Maroc, se reproduit malheureusement sur tous les grands marchés d'esclaves; mais, comme cet autre fait déplorable, la mise en vente impudente et brutale de la marchandise humaine dans les bazars, il n'inculpe pas autrement la loi mahométane que les atrocités des négriers n'inculpent notre loi.
[Note 23: Léo de Laborde, Chasse aux hommes dans le Cordofan. 1844.]