Nous sommes cette fois à peu près dans le vrai, et si la Martinique eut à traverser quelques luttes sanglantes, «la Guadeloupe, moins heureuse encore, ne passa point, sans un certain ébranlement, de l'ancien régime de l'esclavage au régime de la liberté[43].»

[Note 43: E. Roy, Notice sur les colonies françaises en 1858.]

Les nouveaux affranchis des deux îles, qui considéraient le travail de la terre comme symbolisant l'esclavage, ont aujourd'hui déserté partiellement les habitations, les uns pour se fixer dans les villes, les autres pour se retirer sur des coins de terre isolés, demandant ainsi à une petite industrie, à la chasse ou à la pêche, des moyens d'existence faciles et indépendants[44].

[Note 44: Revue coloniale, janvier 1858.]

L'inaction et l'isolement les conduisent au dénûment, le dénûment à la maladie, aux infirmités incurables, à l'hospice et à la mort; le tout au grand détriment de l'oeuvre de civilisation que le gouvernement poursuit depuis si longues années avec une si généreuse persévérance[45].

[Note 45: Bulletin de l'immigration dans les colonies françaises, Moniteur de la Flotte, septembre 18S8.]

En d'autres termes, la population noire tend à disparaître progressivement, exterminée par la misère, et en raison directe des progrès que font en elle la paresse et le vagabondage, qui ont déjà réduit le nombre des travailleurs dans les proportions suivantes:

Esclaves en 1847. Travailleurs libres Différence. en 1856.

Martinique 72,850 48,545 24,302

Guadeloupe 87,752 50,338 37,414