Sous leur influence civilisatrice, des besoins nouveaux se seraient révélés dans les Soudans;

Sous la même influence, le commerce d'importation se serait centuplé;

Celui d'exportation se serait enrichi d'une somme énorme de richesses minérales, animales et végétales, qui nous sont inconnues ou ne nous sont connues que par échantillon;

La chasse aux nègres, qui coûte la vie à dix hommes pour un qu'elle livre à la traite, n'existerait plus;

A la traite elle-même se serait substitué un système de recrutement par engagement volontaire;

Par contre, nous aurions détruit l'esclavage chez les musulmans et la traite par caravane;

L'Afrique, enfin, acquise au christianisme, affiliée à la civilisation, serait à présent relevée de la malédiction qui pèse sur elle depuis quatre mille ans, et le monde chrétien n'aurait pas à se laver du crime de lèse-humanité qui le souille depuis trois siècles.

Or, ce qu'on n'a pas fait, qu'on le fasse: et la zone des Libéria, qui d'abord étreindra la Nigritie barbare et sauvage, s'étendant chaque année davantage, en moins d'un demi-siècle l'aura tout à fait étouffée.

Il n'y a point à se dissimuler quelles nombreuses difficultés entraveront ce vaste système à l'application; et, loin que ce nous soit une raison pour en formuler les dispositions de détail, ce nous en est une pour ne le poser qu'en principe. Il touche à tant et de si complexes intérêts; il tend à une révolution si radicale, que sa mise à l'étude, quant aux moyens d'exécution, ne doit et ne peut être élucidée que par autant d'hommes compétents qu'il met en cause de parties. Mais que la France, par le droit que lui en a laissé Montesquieu de provoquer une convention générale de miséricorde et de pitié, fasse appel à tous les pays à esclaves ou à colonies, et que dans un congrès ouvert à Paris, où chacun d'eux déléguerait, selon son importance, un ou plusieurs représentants, on discute et l'on élabore une série de questions toutes relatives au sujet qui nous occupe; l'ensemble de leurs solutions partielles sera la solution même du grand problème resté debout, malgré l'abolition de la traite et l'émancipation, tel que nous l'a posé la Providence.

Que si, pour les difficultés d'intervenir activement dans la mise en application de l'oeuvre civilisatrice dont je viens d'esquisser le programme, on nous faisait l'honneur de la laisser à notre charge, acceptons-la résolument. Aussi bien nous semble-t-elle en partie dévolue par la conquête de l'Algérie et par notre position au Sénégal.