Nous admettons avec lui «que l'Égypte ne produit plus que très-peu de blé, parce que les cultures dites commerciales, le coton et le sucre, envahissent son territoire, et qu'il en est de même pour tous les pays chauds, notamment pour le royaume des Deux Siciles.»
En France même, ajouterons-nous, la vigne, la betterave et le colza se sont substitués au blé sur de vastes étendues, et la consommation du blé, pourtant, y est toujours croissante en raison du grand nombre d'ouvriers appelés dans les villes et sur les chantiers par l'industrie, et qui, dans leurs villages et leurs hameaux, ne vivaient autrefois que de pain inférieur, avec supplément de châtaignes, de sarrasin et de gaudes.
Mais, si constantes et si progressives que soient les causes d'une diminution notable dans la production des blés et d'une augmentation dans leur consommation, l'Algérie, sans laquelle a compté M. Chevalier, sera là pour les atténuer, au moins quant à la France.
Avec elle nous n'avons point à redouter les effets des regrettables phénomènes économiques dont peuvent être menacés les autres États: elle ne faillira point à son honneur traditionnel; elle nourrira la France aujourd'hui comme elle nourrissait Rome autrefois.
A ce point de vue, surtout, elle aura bien mérité de tous dans la métropole, peuple et gouvernement.
Tous ces résultats, je le répète, et avec eux une franche et large émigration de colons européens, sont subordonnés à l'introduction préalable de nègres dans notre colonie.
Au nom de la religion qui s'en fera des prosélytes; au nom de la philanthropie qui en fera des heureux, et,—pour faire la part à tous,—au nom des intérêts matériels de la France et de l'Algérie, engagés dans cette oeuvre humanitaire pour sept cent millions, appelons-les donc à nous.
Pour en avoir cent mille, ce pourrait être l'affaire de trois ans; car par cela même que les marchands de Ratt, de Ghadamès et des Touaregs Azegeurs qui se fournissent d'esclaves dans le Soudan central, et les écoulaient autrefois sur Tunis et Tripoli, subissent les conséquences de l'adhésion des beys des deux régences à l'abolition de la traite, ils cherchent d'autres débouchés; et d'après des renseignements que nous pouvons considérer comme dignes de foi, «ce n'est pas le moindre motif de la visite à El-Aghouat et à Alger des trois chefs touaregs que nous y avons vus en 1857. «Il ne tient qu'à vous, disaient-ils, que El-Aghouat ne succède à Ratt et à Ghadamès.»
Si encore les Touaregs Hoggars qui exploitent Kachena et Tombouctou ont, pour les mêmes motifs, abandonné les routes de notre Sahara et pris celles du Maroc, ils reviendront à nous a la première demande que nous leur ferions d'un convoi de nègres.
A n'en pas douter donc, toutes les caravanes nous arriveront aussitôt que nos relations seront ouvertes avec le Bournou par Tuggurt, Souf, Ratt, Murzouk et la route de Clapperton; avec Kachena par El-Aghouat, Insalah, le Djebel Hoggard, Ahir, Agdez et Dmergou;—avec Tombouctou par El-Aghouat, Insalah et la route de Caillé;—avec le Ludamar, le Kâarta, le Bambouk par une route à peu près parallèle au départ, mais obliquant ensuite au sud-ouest pour franchir les forêts de gommiers dont les produits se traitent dans nos escales du haut Sénégal.