[Note 24: ][ (retour) ] Cette chanson a été reproduite en entier dans un article de M. André Horváth (Tudományos Gyüjtemény, 1823, 2k Kötet.--Collection scientifique de Pesth), dont la lecture m'a été fort utile. Il est intitulé: Les Hongrois ne sont pas Finnois, A' Magyar nemzet nem Fenn.
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Finnois. Jos mun tuttuni tullissi Ennen näh tyni näkyissi! Silen sunta suika jaissin Olis sun suden wenessä; Sillen kättä käppä jaissin Jospa kärmä kämmen päässä! |
Traduction hongroise. O vajha kegyesem jönne, Vajha a'jol ismert megjelenne! Miképp röpülne csókom ajka felé 'S ha bár róla farkasvér csöpögne is; Miképp szoritnám az ö kezét Ha bár kigyó átionná is! |
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Oh! si mon bien-aimé venait Si le bien connu arrivait! Comme mon baiser volerait vers sa lèvre, Si même elle dégoûtait du sang du loup! Comme je presserais sa main, Si même un serpent l'entourait! |
On se demande si c'est bien sérieusement qu'on a supposé de l'analogie entre le hongrois et le finnois, car il est impossible de trouver dans tous ces exemples quatre mots semblables. Quand on lit le français, l'italien ou l'espagnol, on reconnaît à chaque ligne le latin. Le valaque même, qui de tous les idiomes latins s'éloigne le plus de la langue-mère, a conservé des rapports évidents. J'ouvre le bréviaire valaque, et j'en copie la première phrase comparée avec la phrase latine.
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Pentru rugaciunile sântiloru Parintiloru nostri, Domne Isuse Christose, Dumnedieulu Nostru, miluescene pre noi. |
Propter rogationes sanctorum Parentum nostrorum, Domine Jesu Christe, Domine Deus Noster, miserere nostrum. |
Mais que dire de cette chanson esthonienne, et de ces évangiles, et de ces dictionnaires comparatifs?
Au reste, pour répondre aux écrivains qui admettent que les deux langues se composent des mêmes mots, on peut se borner à rappeler ce qu'a dit Schlœzer, lequel a attaché son nom à l'idée de l'origine finnoise. Dans ce cas son jugement n'est pas suspect. La liste des mots comparés de Sajnovicz, dit-il, ne donne pas plus de cent cinquante-quatre exemples, et si on retranche les dérivés, il n'en reste pas même la moitié. D'après Schlœzer lui-même, il n'y a donc environ que soixante-dix exemples sur lesquels on puisse s'appuyer. Mais qu'y a-t-il de surprenant dans ce fait que les deux langues ont soixante-dix mots communs? Il est certain que les Magyars ont été en contact avec les peuplades finnoises. N'est-il pas naturel que des peuples si différents, venus de si loin, apportant des idées si diverses, se soient pris mutuellement quelques mots? Les Hongrois ont de même dans leur langue autant de mots allemands, plus encore; quelques uns sont empruntés au latin, et même, en cherchant bien, on trouvera dans la langue hongroise soixante mots français, outre que nous avons en français une dizaine de mots hongrois [25]. En conclurez-vous que les Magyars sont Allemands, Latins ou Français?
[Note 25: ][ (retour) ] «Heiduque, trabant, hussard, schako, kolback, dolman, soutache», sont des mots hongrois francisés.
Et d'ailleurs, peut-on nier qu'il existe entre toutes les langues une certaine fraternité, de même qu'il existe une fraternité de race entre tous les hommes? De là vient qu'on a constaté entre le hongrois et le slave autant de rapports qu'entre le hongrois et le finnois.
La ressemblance d'une centaine de mots ne prouve pas l'affinité entre deux langues, et montre seulement que les nations qui s'en servent se sont pris mutuellement quelques expressions. Des peuples de même race doivent nécessairement avoir les mêmes racines, les mêmes mots primitifs. Ils doivent au moins donner les mêmes noms aux sentiments ordinaires à l'homme. Ces analogies, il est impossible de les montrer dans les langues hongroise et finnoise.