[Note 32: ][ (retour) ] Les paysans hongrois, aujourd'hui encore, ont coutume de blanchir leurs maisons à certaines époques solennelles de l'année.
[Note 33: ][ (retour) ] Besse, Voyage au Caucase, etc., p. 344.
[Note 34: ][ (retour) ] Ibid., p. 150.
[Note 35: ][ (retour) ] Literas etiam didicere, quarum deinceps usum ad Mogolos itidem propagarunt, quos hodie etiam vetustis Iugurorum characteribus uti compertum est. (Pray, p. 32.)
Les Finnois, à la même époque, sont vaincus et domptés par les nations étrangères, et, sans jamais recouvrer leur indépendance, ils n'ont fait que changer de maîtres jusqu'à ce jour. Et dans quel état se trouvent-ils après que les écrivains bysantins et arabes ont fait des Magyars la description qu'on vient de lire? «Lorsque les Suédois ont subjugué les Finnois et les ont faits chrétiens, ceux-ci étaient rudes et sauvages, vivant sans chefs, traitant tyranniquement leurs femmes [36]»..... À coup sûr, dès cette époque, les Magyars et les Finnois se ressemblent trop peu pour qu'on puisse les confondre. Les écrivains allemands n'ont pas tenu compte de ces différences, ou en ont parlé avec une légèreté inconcevable. Gebhardi, par exemple, prétend que les Hongrois et les Finnois avaient les mêmes idoles; et Cornides a prouvé [37] que les Hongrois n'avaient ni idoles ni dieux particuliers, mais adoraient un être suprême. Le manuscrit du Vatican nous les montre encore ainsi au treizième siècle: Pagani sunt..., sed nec idola venerantur.
[Note 36: ][ (retour) ] Lænder und Vœlker-Kunde, 4e vol., p. 419.
[Note 37: ][ (retour) ] De religione veterum Hungarorum. Viennæ, 1791.
Dès l'origine, il n'y a donc aucune ressemblance à constater entre les Magyars et les Finnois. Et quelle analogie découvrirez-vous aujourd'hui? Il est évident que ceux qui font venir les Hongrois, par les sources du Volga, du nord de l'Europe ou du nord-ouest de l'Asie, n'ont pas songé à la physionomie des Magyars ni à leur caractère. Il faut parcourir la Hongrie, non pas en aveugle, en nommant Hongrois tous les hommes qu'on rencontre sur sa route, mais en s'arrêtant dans la contrée où se sont fixés les Magyars, notamment dans ce qu'on appelle les Villes Haidonicales et la Cumanie. Il est impossible de ne pas être frappé de la beauté de cette race. Les Magyars sont grands, élancés, musculeux: leurs yeux et leurs moustaches sont noirs; ils ont le nez aquilin, les traits réguliers, et cet air de dignité qui est l'apanage des Orientaux. Au reste les écrivains allemands n'avaient qu'à lire ce que disent les chroniqueurs des chefs magyars. Le Notaire Anonyme dépeint ainsi Almos: Erat enim ipse Almus facie decorus, sed niger, et nigros habebat oculos, sed magnos, statura longus et gracilis...
Nous pourrions conduire le lecteur en Laponie, d'où beaucoup d'écrivains font partir les Hongrois, et lui rappeler les descriptions que donnent les voyageurs des habitants de ce pays glacé. «Nous les considérions, dit Regnard, depuis la tête jusqu'aux pieds: ces hommes sont faits tout autrement que les autres; la hauteur des plus grands n'excède pas trois coudées, et je ne vois pas de figure plus propre à faire rire.» Mais, sans aller si loin, peut-on établir le moindre parallèle entre les Magyars, tels que je viens de les représenter, et les Esthoniens, aux cheveux blonds, aux yeux bleus, à l'allure calme, au corps grêle et au vêtement grossier? Peut-on comparer les hameaux esthoniens, formés de quelques maisons groupées au hasard, avec les villages hongrois (et ceci est bien remarquable), qui s'étendent sur une seule ligne comme un camp? Vous ne trouverez dans aucun pays de l'Europe un peuple qui ait conservé ce caractère belliqueux, qui du premier au dernier homme soit éminemment cavalier comme A' vitéz magyar nemzet, «la vaillante nation magyare», ainsi qu'on dit toujours. Il n'en est pas qui ait acquis une telle réputation de loyauté, d'héroïsme et de bravoure chevaleresque.
Et ce superbe costume hongrois, le plus magnifique peut-être que les hommes aient jamais trouvé, ce costume d'une splendeur asiatique, qui a tout l'éclat de celui des Turcs sans en avoir la mollesse, les Magyars l'ont-ils apporté du Nord? Savez-vous quelles sont les épithètes qui, dans les glorieuses chroniques, comme dans les poésies nationales, comme dans la bouche de tous, accompagnent nécessairement le nom de Hongrois? Les voici: A' párduczos vitéz Magyar, «le vaillant Magyar couvert de peaux de panthère»; a' kaczagányos vitéz Magyar, «le vaillant Magyar couvert de peaux de tigre». Est-ce là la parure des hommes du nord? Certes, nous voilà loin des loups de la chanson esthonienne! Et puisque nous parlons encore de cette chanson, disons qu'elle n'est pas du tout dans le goût des chansons hongroises, qui rappellent beaucoup celles des Persans et des Arabes. La langue hongroise est colorée, pleine d'images et de métaphores. Le paysan appelle sa femme csillagom, «mon étoile»; gyöngyöm, «ma perle». Quand il vient demander la protection de son seigneur, il lui dit: Je me place sous vos deux ailes étendues, etc., etc. Ces expressions, que l'on citerait par milliers, sont caractéristiques dans la bouche du cavalier magyar, qui porte sur sa physionomie les signes certains de son origine orientale.