J'abrège et ne fais pas mention des chroniqueurs ni des poëtes qui emploient les mots Hunni ou Avares quand ils parlent des Hongrois. Il y en a beaucoup [60].
[Note 60: ][ (retour) ] V. entre autres, dans Muratori, le panégyrique de Bérenger et les notes, ainsi que les additions à la chronique de Salerne: Hunni et Avares eadem gens fuere qui postea Hungri seu Hungari appellati sunt, et adhuc appellantur...
Les écrivains que nous venons de citer ont commis, il est vrai, bien des fautes par ignorance. Mais ils nous paraissent bien informés quand ils confondent à dessein les Huns, les Avars et les Hongrois. Il est impossible de comprendre comment les chroniqueurs français, allemands et italiens, écrivant dans des temps et des pays divers, commettraient précisément les mêmes erreurs que les annalistes hongrois et bysantins, dont ils étaient fort éloignés. Si tous s'accordent, c'est parce qu'ils disent vrai.
§ 5.
PARALLÈLE ENTRE LES HUNS, LES AVARS ET LES HONGROIS.
Aux citations qui viennent d'être reproduites nous joindrons quelques remarques qui les complètent et qui aideront à faire connaître les peuples hunniques.
Nous avons dit que les Huns et les Hongrois avaient les mêmes étendards. De plus, ils maniaient les mêmes armes, arcus, cultros et lanceas, disent les chroniques. Les soldats qui composaient ces grandes armées émigrantes avaient pour costume le pantalon flottant de toile blanche, qui était porté de temps immémorial par certains peuples de l'Asie (les Persans entre autres), la courte chemise, les bottes, chaussure ordinaire des cavaliers, et une peau d'animal: c'est absolument de cette façon que s'habillent aujourd'hui les paysans magyars [61]. Quant aux vezérs, ils avaient les bottines, particulières aux chefs asiatiques, et cet habit serré au corps qui descend jusqu'aux genoux et s'attache sur la poitrine, que portent même aujourd'hui les gentilshommes hongrois, et qu'on appelle encore, d'un bout de la Hongrie à l'autre, un attila; ils jetaient sur l'épaule la mente ou une peau de tigre. Répandez l'or et les pierreries sur cet habit de guerrier et de chasseur, et vous avez ce magnifique costume hongrois dont l'éclat frappait les Grecs raffinés de Constantinople, et qu'on peut voir, en ce moment même, à la diète de Presbourg.
[Note 61: ][ (retour) ] Ce pantalon est si large, qu'il figure un jupon. De là vient qu'Ammien Marcellin a écrit des Huns: «Ils s'habillent avec de petits jupons», sans songer qu'un peuple cavalier ne peut pas se costumer ainsi.
Les Avars avaient la coutume hongroise de se tresser les cheveux.
... colubrimodis Avarum gens dira capillis.
(Corippe.)
«... Du reste ils étaient habillés comme les Huns.»
((Deguignes, Hist. des Huns, liv. 4.)