On a remarqué que, si un nom de Hun ou un nom avar a un sens quelconque, c'est à l'aide de la langue hongroise qu'on peut l'expliquer. Nous ajouterons que les Huns et les Hongrois avaient le même alphabet. L'alphabet connu sous le nom de huno-scythe, qui est reproduit dans les ouvrages de Mathias Bel, de Gyarmathi et de Besse, était, les savants l'ont dit, l'alphabet des Huns. Or il rend parfaitement tous les sons de la langue hongroise et n'en rend pas d'autres. Personne n'ignore que les premiers rois chrétiens de Hongrie s'empressèrent d'adopter les lettres envoyées de Rome, et de faire disparaître la vieille écriture magyare. Ce fut surtout chez les Sicules que l'écriture nationale se conserva. Gyarmathi, dans son premier ouvrage, a donné une inscription hongroise du treizième siècle qui se trouvait gravée sur une église du siége sicule de Csik. Cette inscription consiste purement en lettres empruntées à l'alphabet des Huns, et Gyarmathi, avec la clef de cet alphabet, est parvenu à la déchiffrer.

Nous pouvons reconnaître que les peuples hunniques sont venus de l'Asie, à ce fait qu'ils apparaissent en Europe par hordes immenses de cavaliers fougueux, parcourant l'espace avec une rapidité incroyable. Comme les autres peuples asiatiques, ils estimaient peu les richesses qu'ils conquirent si rapidement: ils ne furent pas amollis par le luxe. Les Grecs s'étonnaient de retrouver toujours aussi intrépides des guerriers qui couvraient de plaques d'or et de pierres précieuses leurs habits, leurs selles et les harnais de leurs chevaux. Ce furent les dissensions intestines qui perdirent les Huns, les Avars, et qui firent tomber le royaume de Hongrie.

L'organisation des bandes était la même chez les Huns et chez les Hongrois. «L'empire des Huns était gouverné par vingt-quatre principaux officiers qui commandaient chacun un corps de dix mille cavaliers. Ils avaient sous leurs ordres des chefs de mille hommes, de cent hommes, de dix hommes [62]». Telle est la base de l'administration établie en Hongrie par saint Étienne. Le législateur n'organisa si vite son royaume que parce qu'il appliqua à la formation de l'état les règles qui régissaient son armée.

[Note 62: ][ (retour) ] Deguignes, Hist. des Huns, liv. I, p. 26.

En parlant de la religion des Huns, Deguignes écrit: «Tous les jours le Tanjou ou chef sortait de son camp, le matin pour adorer le soleil, et le soir la lune...» [63]. Ménandre rapporte ainsi le serment prononcé par le Chagan des Abars: «Si je manque à ma parole, que le glaive m'extermine, moi et ma nation; que le dieu Feu, qui est dans le Ciel, nous frappe...» [64]. Les Hongrois avaient les mêmes croyances. Venus après les Huns et les Avars, ils apportèrent seulement des idées plus pures. Suivant Cornides, ils adorèrent d'abord le soleil, puis ne virent en cet astre qu'un symbole de la divinité, et furent amenés ainsi à reconnaître l'unité de Dieu. En effet, on ne peut douter que les Hongrois n'aient adoré le soleil, si on remarque que leurs croyances religieuses se rapprochaient de celles des Persans. Comme eux, ils sacrifiaient des chevaux blancs à leur divinité. Le nom même qu'ils donnaient à Dieu, Isten, dérive du persan Iesdân. Aujourd'hui encore nous appelons Isdaniens les peuples guèbres de la mer Caspienne.

[Note 63: ][ (retour) ] Deguignes, Hist. des Huns, l. 1, p. 26.

[Note 64: ][ (retour) ] De Legat., lib. 2.

Ces analogies, à défaut des chroniques, suffiraient pour établir la communauté de race entre les Huns, les Avars et les Hongrois.

Il nous semble enfin qu'on pourrait adresser une question fort difficile à ceux qui repoussent les traditions hongroises et les relations de tous les historiens. Les armées qui ravagèrent l'Occident sous Attila n'étaient pas seulement composées de Huns. Les Huns ne fournissaient qu'un certain nombre de cavaliers, particulièrement dévoués à Attila, mais qui ne formaient pas même la moitié des combattants. Le reste était composé de Gépides et autres barbares que les Huns entraînaient avec eux. Ce fait est non seulement prouvé par le rapport des historiens, mais il sera évident pour quiconque se souviendra qu'aussitôt après la mort d'Attila le vaste empire des Huns disparut. Pour expliquer cette disparition subite et complète, il faut admettre que les Huns se retirent, et que chacun des peuples qui, de gré ou de force, suivaient Attila, reprend son indépendance.

Maintenant peut-on supposer que les Huns, qui occupaient, suivant Deguignes, un empire étendu, et formaient un des peuples les plus formidables de l'Asie, disparaissent complétement de la terre parce que les guerriers d'Attila ont péri? Qu'on exagère les chiffres des historiens, qu'on admette que plus d'un million de soldats obéissaient à Attila, on n'osera pourtant pas avancer que la moitié ou le tiers de cette armée fût tout ce qui restait de ce peuple formidable. En lisant attentivement l'histoire des Huns, en observant les vicissitudes de cette nation, qui a joué un si grand rôle en Asie, on se dit malgré soi que tout n'est pas fini, que la déroute d'Attila n'est qu'une affaire d'avant-garde, et on pressent l'arrivée de ces bandes innombrables qui, du sixième au dixième siècle, viennent sous des noms différents se retrouver en Pannonie.