Nous sommes confirmé dans cette pensée lorsque nous comparons les dates des invasions hunniques avec celles des invasions ottomanes. Ces migrations, qui suivent des voies différentes, sont motivées par la même cause, l'irruption des Mongols. Ceux-ci apparaissent derrière les Hongrois et viennent porter l'effroi, au treizième siècle, jusque dans l'Europe orientale.
Il reste à étudier l'histoire des peuples hunniques dès leur séjour en Asie, en les séparant des autres peuples nomades, à montrer leurs principaux établissements, et à rechercher les détails et les résultats de leurs invasions diverses. C'est une lacune que nous tenterons un jour de remplir.
NOTES.
Page 15.--Ces Hongrois se seront peut-être fondus avec les Tatars, auxquels, d'après le manuscrit de Vatican, ils étaient déjà réunis au treizième siècle. Peut-être aussi auront-ils marché vers le Caucase, où se trouvent aujourd'hui encore des Magyars.
Un Hongrois, M. Jean-Charles de Besse, a parcouru, en 1829 et en 1830, le Caucase, pour y chercher les traces des Magyars. Il y a trouvé des tribus entières composées d'hommes qui se donnaient eux-mêmes pour Magyars, et qui le virent avec la plus grande joie en apprenant qu'il était un de ces Hongrois établis près du Danube. Les hommes des autres tribus lui ont assuré que la tradition universellement racontée dans le Caucase était que les Magyars avaient autrefois possédé ce pays. M. de Besse a retrouvé en outre une quantité de mots hongrois qui désignent encore les fleuves, les montagnes, et même des noms propres portés aujourd'hui encore par des familles hongroises. (V. le chap. 10.)
Comme un grand nombre d'écrivains allemands, et Klaproth entre autres, ont nié que les Hongrois aient dominé dans le Caucase, et comme cette domination est attestée par les traditions hongroises que j'ai souvent mentionnées, je ne pense pas qu'il soit inutile de citer les passages suivants du livre que M. de Besse a publié lui-même en français [88]. Ce voyageur connaissait non seulement toutes les langues d'Europe, mais même les langues orientales; et il a été à même de recueillir les traditions locales et de consulter les Européens des diverses nations qu'il a rencontrées.
[Note 88: ][ (retour) ] Voyage en Crimée, au Caucase, en Géorgie, en Arménie, en Asie mineure et à Constantinople, en 1829 et 1830, pour servir à l'histoire de Hongrie, par Jean-Charles de Besse. Paris, Delaunay, Palais-Royal. Marseille, Senés, éditeur.
«Pour passer du Khersonnèse en Crimée, je pris ma route à travers les Steppes, au lieu de courir la poste sur le grand chemin.... Comme il ne fallait plus penser ni à une auberge ni à un abri quelconque, je me couchai tranquillement au milieu de la cour, ouverte à tous les vents. Mon Tatare, voyant mon embarras, m'engagea à remonter dans son madjar, ajoutant que je n'avais rien à risquer, et que je pourrais m'y reposer en toute sûreté.
»Je fus bien surpris d'entendre proférer le mot madjar par la bouche d'un Tatare; mais je le fus bien plus encore quand Méhémet (c'était le nom de mon cocher) me raconta que depuis le passage des Magyars par la Crimée, à l'époque de leur émigration, suivant la tradition qui règne parmi les Tatares, cette sorte de chariot conservait le nom qui lui avait été donné par les Magyars, lesquels avaient de semblables chariots où ils plaçaient leurs femmes, leurs enfants, et leurs effets indispensables pour un long voyage. En effet, ces chariots sont très commodes dans leur genre; ils ont neuf à dix pieds de longueur, etc. [89].