Personne ne s'avisera de dire que nous sommes Magyars; pourtant il y a dans les langues hongroise et française plusieurs mots qui ont une certaine similitude. Par exemple:

ki
ut (prononcez oute)
ök (prononcez euk)
fi [102]
tanya
sohaitani
tiz
ár
signifie qui
route
eux
fils
tanière
soupirer, souhaiter
dix
prix, arrhes, arrha, αρραβοι.

[Note 102: ][ (retour) ] Correspondant au wicz slave.

Évidemment tout ces mots sont originaux dans les deux langues. On ne peut les confondre avec ceux que les Hongrois nous ont empruntés, et qui tous désignent des objets venus de France, comme médaille, parasol, chemisette, pantalon, salon, canapé, etc. Car ces mots, qui font maintenant partie de la langue hongroise, n'ont pas changé. Les Hongrois les ont adoptés sans leur donner une tournure magyare: la différence ne consiste que dans l'orthographe.

Comment des langues si diverses ont-elles quelques mots à peu près semblables? Cela vient, comme nous l'avons dit, de ce qu'il existe entre toutes les langues comme entre toutes les races une fraternité incontestable. En outre, il peut exister des ressemblances fortuites. Les Grecs disaient δεκα [Greek: deka], les Latins decem, et nous disons dix. C'est par hasard que le mot latin, devenu français, s'est rapproché du hongrois tiz. Je dépasserais le nombre de Schlœzer si je voulais reproduire, comme Sajnovicz, les mots hongrois et français qui ont par hasard une syllabe semblable comme:

adok
asztai
marni
etc.
je donne
table
mordre
etc.

On peut montrer des centaines d'exemples pareils qui ne prouvent qu'un seul fait: c'est que le hasard produit souvent des résultats dont on s'efforce de retrouver les causes en dépensant plus ou moins d'érudition.

Puisque je parle des rapports qui existent entre le français et le hongrois, je ferai remarquer que ces langues ont une analogie très grande en un point: c'est qu'elles se composent des mêmes sons. Les sons les plus originaux de la langue hongroise, qui la rendent si difficile pour les autres étrangers, se retrouvent dans la nôtre.

gy a le son de
ly
ny
ö
s
ty
ü
zs
di (dans Dieu)
ll mouillées
gn
eu
ch
ti (dans pitié)
u
j

Plusieurs de ces sons manquent à l'allemand, à l'anglais, à l'espagnol ou à l'italien. Les Hongrois ont en outre un son particulier: ils prononcent l'a entre l'a et l'o. Ce son, quoiqu'il nous soit étranger, ne nous est cependant pas inconnu. Le peuple de Paris dans une foule de cas prononce l'a de cette manière [103]. Il est fort singulier que le hongrois, langue primitive apportée de l'Asie, ait cette analogie avec une langue occidentale et mélangée comme la nôtre. Le hongrois est la seule langue étrangère que nous puissions prononcer hardiment. Cette circonstance que les deux langues se composent, pour ainsi dire, des mêmes sons, fait qu'une foule de mots se prononcent d'une manière semblable sans avoir, il est vrai, la même signification. V. p. 36.