... Au retour, lorsque l'expédition s'éloigne de l'Elbrouz, elle campe près de la rivière Tarkatche. «Nous fûmes bientôt joints dans notre camp par Beslin-Taganow, prince tatare-nogal, issu d'une très ancienne famille: il est jeune, bien fait, et il nous surprit par sa contenance noble et ses manières aisées. Je remarquai que, parmi les autres chefs qui nous accompagnaient, ce jeune homme avait les traits du visage les plus ressemblants aux Hongrois. Il me raconta au sujet des Magyars ce que les Ouzdens avaient si souvent répété, c'est-à-dire que les peuples du Caucase septentrional sont persuadés, suivant leurs traditions, qu'ils descendent tous des Magyars qui avaient dominé dans ces pays; et ce jeune prince se glorifiait d'être né dans une famille qui tenait à la même souche. Il ajouta que le bruit s'était répandu chez eux qu'un Magyar était arrivé au Caucase pour visiter ses frères (ce sont ses propres expressions), et que cette nouvelle leur avait fait beaucoup de plaisir» [98].

... Ailleurs Besse va visiter M. Petterson, de la mission écossaise à Karas, lequel lui lit «quelques fragments de sa correspondance avec la mission écossaise à Saint-Pétersbourg, relativement à quelques peuples du Caucase septentrional». M. Petterson pense que les Karatchaï, les Balkar, les Bizinghi, etc., sont les descendants des Magyars, et raconte une tradition fabuleuse sur la fameuse ville de Magyari [99].

... Enfin, se trouvant à Tiflis, Besse se met en rapport avec quelques députés des Avars et des Lesghis, qui lui rapportent «qu'on connaît parfaitement la demeure des Magyars qui occupent les hautes montagnes du Caucase, et que chez eux la tradition est connue suivant laquelle ce peuple avait été autrefois maître de tous les pays au delà du Caucase, entre la mer Noire et la mer Caspienne» [100].

[Note 98: ][ (retour) ] P. 122.

[Note 99: ][ (retour) ] P. 142.

[Note 100: ][ (retour) ] P. 339.

Ainsi donc, voila les traditions hongroises appuyées par celles de tous les peuples du Caucase, à quelque nation qu'ils appartiennent, et par l'opinion des Européens résidant dans le pays. Voilà des faits qui contredisent puissamment les assertions de Klaproth, sur lequel on s'est beaucoup appuyé. «Je ne sais pourquoi M. Klaproth, malgré l'opinion de plusieurs historiens russes, est si obstiné à nier l'ancienne domination des Magyars dans la partie septentrionale du Caucase. En citant Derbend-Naméh, il ne produit que les passages qui conviennent à son but, sans faire mention de ceux qui détruisent ses fausses observations» [101].

[Note 101: ][ (retour) ] Page 131.

Et maintenant, après avoir entendu les peuples du Caucase qui ne sont pas Hongrois, il faut écouter les cinq tribus qui, avec les Karatchaï, descendent des Magyars. Besse les met en scène fort souvent; il montre quelle ardente affection ils ont gardée à leurs pères, et combien est fort le sentiment de nationalité qui les anime. Ils s'inquiètent de la position de la Hongrie, de sa distance, car ils expriment le vif désir d'aller voir leurs frères. Ils font promettre à Besse d'envoyer l'année suivante deux Hongrois en costume national, afin que ce costume puisse être adopté par les tribus magyares du Caucase. Ils racontent toutes les traditions qu'ils ont soigneusement gardées sur leurs glorieux ancêtres. De son coté, Besse les examine avec attention. Il trouve que dans leur taille, leurs gestes, leur regard, le jeu de leur physionomie, par tous ces caractères enfin qui constituent la manière d'être d'une nation, les hommes de ces tribus, qui se donnent pour Magyars, et sont regardés comme Magyars par tous les habitants du Caucase, ressemblent en effet d'une manière frappante aux Magyars de la Hongrie. Les citations seraient ici trop longues. Je renvoie le lecteur à l'ouvrage de Besse, qui est d'ailleurs intéressant, et spécialement au chapitre 23, où il parle en détail des Dougours, une des cinq tribus magyares.

Page 45.--Pour démontrer grammaticalement que deux langues sont sœurs, il faut faire voir dans ces deux langues non pas quelques similitudes et quelques terminaisons semblables plus ou moins défigurées, mais les mêmes racines, les mêmes caractères, les mêmes originalités, le même génie.