En résumé donc, les écrivains qui, complétant les renseignements fournis par Nestor, font partir les Magyars d'une Hongrie placée aux sources du Volga et leur tracent une route à travers la Russie, avancent des faits qui ne sont confirmés par aucun historien du Nord, et qui sont démentis de la manière la plus formelle par les récits des voyageurs, par les traditions hongroises du treizième siècle, et par les historiens hongrois appuyés des historiens bysantins.

On peut faire une observation qui seule prouverait que les Hongrois n'appartiennent pas à la race finnoise.

Il existe en Transylvanie deux cent mille hommes appelés Székely, Sckler ou Siculi, mais qui sont Hongrois, comme les Cumans et les Jaziges de la Hongrie. Ils se donnent eux-mêmes pour Hongrois, et ils ont la même langue, le même caractère et la même physionomie que les Magyars. Ils sont fixés dans le pays depuis le cinquième siècle. C'est un fait historiquement prouvé. Or comment expliquer la présence en Transylvanie d'une tribu finnoise dès le cinquième siècle?

Il est impossible de répondre à cette question. On ne s'explique la présence des Sicules qu'en acceptant les traditions hongroises et les historiens hongrois.


Passons à la seconde preuve produite par les écrivains allemands, l'affinité des langues.

On a dit qu'une foule de mots semblables se retrouvaient en hongrois et en finnois, et que les deux langues avaient une même grammaire.

Gyarmathi, dans un ouvrage qui a été cité, donne une suite de pages contenant des mots hongrois et finnois avec la traduction latine en regard. Des dictionnaires comparatifs ont été publiés. Au moment où l'on ouvre ces livres, en voyant cette file imposante de colonnes, on est sur le point de se croire convaincu. Mais que doit-on penser quand, en les parcourant un instant, on trouve les mots suivants comme exemples de similitude.


Finnois
suma
sade

olca
acca
tuuli
usco
vaetzi
juuri
aamu
tuohi
owi
paju
walkaeus
hiliaissus
waras
huix
vatze

Hongrois.
homály
esö
éj
váll
idö
szél
hit
kés
gyökér
reggel
héj
ajto
füzfa
viråg
szelidség
orv
hai
has

ténèbres
pluie
nuit
épaule
temps
vent
croyance
couteau
racine
matin
écorce
porte
saule
fleur
douceur
voleur
cheveu
ventre

Gyarmathi a comparé les Évangiles écrits en langue finnoise et magyare. Il lui a été impossible dans beaucoup de chapitres de trouver la moindre ressemblance de mots; et même, dans les quelques uns qu'il donne, il a omis à dessein un grand nombre de versets qui auraient nui à l'effet qu'il veut produire. Celui que je transcris, quoiqu'il ne contienne que neuf versets sur quarante-deux, est encore un des plus complets, car souvent Gyarmathi n'a osé citer qu'un seul verset par chapitre.