— Ivan Antonytch, j’ai un grand service à vous demander…
— De l’argent ?
— Je vous assure que je suis tout confus de vous importuner. Mais il ne m’en faut pas beaucoup… une dizaine de roubles. Je ne vous promets pas de vous les rendre bientôt… mais…
Ivan Antonytch retira ses mains de l’eau et, tout en les essuyant :
— Dix… je peux. Davantage, impossible, mais dix roubles avec grand plaisir. Vous voulez faire des bêtises, hein ? Eh bien !… eh bien !… Je plaisante… Allons !
Il le conduisit à travers l’appartement composé de cinq ou six pièces, toutes sans meubles ni tentures. L’atmosphère était saturée de l’odeur forte particulière aux petits carnassiers. Le plancher était tellement couvert d’excréments qu’on glissait dessus à chaque pas.
Dans tous les coins se trouvaient des terriers et des repaires : petites guérites, troncs d’arbres évidés, tonneaux sans fond. Deux pièces étaient occupées par deux gros arbres branchus, avec des creux et des nids artificiels : l’un pour les oiseaux, l’autre pour les martres et les écureuils. L’ingéniosité avec laquelle avaient été organisés ces gîtes révélait une sollicitude réfléchie, un profond amour des bêtes et un grand esprit d’observation.
— Vous voyez cet animal ? — Rafalskiï montra du doigt un chenil entouré d’un réseau de fils de fer barbelés et percé d’un orifice en demi-cercle où luisaient deux points brillants. — Voici l’animal le plus féroce du monde ; c’est un putois. En comparaison, tous les tigres et panthères ne sont que de modestes moutons. Quand le lion a terminé son repas, il regarde débonnairement les chacals achever sa ration. Mais lorsque ce petit coquin s’introduit dans un poulailler, il ne laisse pas une poule en vie : il leur ronge à toutes le cervelet, tenez, ici, en arrière de la tête. Et avec cela c’est le plus sauvage, le moins apprivoisé des animaux. Eh ! scélérat !
Il passa la main à travers le grillage. Aussitôt apparut hors de la chatière un petit museau irrité, où étincelaient des dents blanches et pointues. Le putois se montrait et disparaissait tour à tour en toussotant rageusement.
— Joli caractère, n’est-ce pas ? Et pourtant c’est moi qui le nourris toute l’année !